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Le Roi de Jaune vêtu

Le Roi De Jaune Vetu.jpg

Romans, Nouvelles & Théâtre

Robert Chambers
1895
180 p.

Le roi de jaune vêtu dont il est ici question est en fait le titre d'un livre, un livre tellement malsain qu'il rend fou ceux qui le lisent. Même son auteur ne semble pas y avoir survécu. Le livre parle de royaumes inconnus à la fois horribles et merveilleux qui font chavirer la raison du lecteur. Il a été interdit par toutes les autorités qui pouvaient l'interdire mais des exemplaires circulent encore. Alors certains téméraires s'aventurent à tourner les pages et les conséquences sont toujours violentes.

Il y a par exemple un fils de famille qui se croit héritier légitime d'un royaume fabuleux décrit dans le livre. Et de ce royaume, ce n'est rien moins que l'Amérique entière. Entre lui et la couronne, il y a trois personnes qu'il doit éliminer. Il va trouver pour ce faire d'étranges complicités.

Il n'est pas le seul à perdre la raison, parce que l'imaginaire du livre est parfois tangible dans la réalité. Dans plusieurs nouvelles, le héros pense s'en sortir en se réveillant mais son soulagement est de courte durée : la réalité est pire que ce qu'il avait crû rêver.

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Un livre qui rend fou, des nouvelles entremêlées, une espèce de mythologie personnelle : on pense évidemment à H.P. Lovecraft. Et l'on aurait raison. Comme chez Lovecraft, on retrouve chez Chambers cette espèce de danger qui vient d'un monde inconnu et infiniment plus puissant que le nôtre et qui ne laisse au héros que peu de chance de s'en sortir. De là naît l'épouvante.

Chambers n'est pas pour autant un lovecraftien oublié. Quand son recueil paraît (1895), Lovecraft a cinq ans. Donc Chambers n'a pas suivi Lovecraft mais l'a précédé. Et Lovecraft a lu Chambers au point de reconnaître volontiers l'influence de Chambers sur son œuvre.

Pourtant personne ne connaît Chambers alors que tout le monde connaît Lovecraft. C'est parce que, il faut bien le dire, Chambers n'a pas très bien vieilli. Il y a plusieurs raisons et je les reprends de l'analyse de Jacques Finné (édition Marabout): un style bâtard, tantôt bâclé tantôt précieux à l'excès, une absence quasi-totale de psychologie des personnages et un américanisme triomphant souvent indigeste.

Pourtant, malgré ces défauts, « Le Roi de Jaune vêtu » reste une lecture intéressante tant on sent qu'il annonce Lovecraft et une certaine littérature d'épouvante. Le livre n'a d'ailleurs pas qu'une valeur historique et reste malgré tout d'une lecture agréable. Evidemment, il est chaudement recommandé aux inconditionnels du Maître de Providence.

Pour résumer, je me permets de citer Jacques Finné : « Tout Lovecraft est dans Chambers. Peut-on vraiment reprocher à celui-ci de n'avoir pas le génie de celui-là ? »

Evidemment, il ne faut pas s'attendre à trouver « Le Roi de Jaune vêtu » dans la première librairie venue. Il existe en français aux éditions Marabout (n°589) qui semble être la seule version française existante. Son titre original en anglais est « King in Yellow ».

Tryphoninus