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Le Supplice des Week-ends

Le Supplice des Week-ends, Robert Benchley, 1943

Romans, Nouvelles & Théâtre

Robert Benchley
300 pages
1954

Le Supplice des Week-ends est une compilation des meilleurs textes de Robert Benchley (1889 – 1945), un chroniqueur américain qui collaborait avec des grandes revues américaines (Vanity Fair ou New Yorker). Les textes ont été sélectionnés par son fils dans ceux publiés entre 1915 et 1945.

En bon chroniqueur, Benchley s'attaque aux grands sujets de sociétés: dans le texte qui donne son titre au recueil, le supplice des week-ends, c'est quand vous êtes invités chez des amis pour le week-end et que vous ne savez pas à quelle heure vous lever le matin pour ne pas perturber son hôte dans ses habitudes. Vous attendez donc dans votre chambre en attendant un bruit dans la maison. Ce que vous ne savez pas, c'est que votre hôte a le même problème et attend également un signe de vie dans votre chambre.

Dans le même ordre d'idées,Benchley s'interroge sur la pensée des insectes, la stratégie pour gérer les copains de vos enfants, les finances internationales, les techniques pour contrecarrer des amis qui veulent vous raconter leurs vacances ou l'ennui des dimanches après-midi. Benchley n'épargne rien ni personne: les enfants, les arts, les conventions sociales, les affaires, les institutions, etc.

Toutes ces chroniques révèlent chez Benchley un humour basé sur l'absurde (le nonsense) qui confine souvent au poétique. Benchley est un rêveur (dans la vie comme dans ses textes), ce qui donne un ton désinvolte, comme s'il n'était pas spécialement concerné par le monde qui l'entoure. Son humour est assez unique et difficile à décrire parce que très varié. Quand il prend un ton sérieux pour dire des choses absurdes, il peut faire penser à Groucho Marx, voire à Villiers. Quand il se fait plus dur, on est parfois pas très loin de Desproges.

Mais Benchley est aussi doté d'un esprit critique très affuté et beaucoup de chroniques, sous un air badin, révèlent une critique parfois légère, parfois dure, de notre société. Cette critique peut être légère ou amusée, comme lorsqu'il traite de l'usage du téléphone, le comportement des Américains à l'étranger ou de l'éducation des enfants. Dans « Remarquable, n'est-ce pas », il va nettement plus loin et dénonce la condescendance avec laquelle notre société juge les autres civilisations, passées ou présentes. Mais il y a aussi les manipulations de l'opinion publique, la prédominance de l'économie ou le délire sécuritaire.

Dans un registre moins grave, Benchley s'en prend volontiers aux arts avec des critiques du roman réaliste américain ou des thèmes d'opéra. En se moquant des thèmes d'opéra, il parodie Wagner et le résultat est encore plus drôle si on le transpose dans le monde du viking metal (voir Die Meisten Genossenschaft dans la rubrique poésie).

Pour être complet, il faut aussi dire que Benchley était aussi un acteur et qu'il a joué dans des grands films de l'époque. Mais Benchley reste Benchley et il s'est limité aux seconds rôles. Typiquement, c'est le genre d'acteur que tout le monde a déjà vu mais dont personne ne connaît le nom.

Le livre est paru une première fois en français en 1963 chez Julliard. Il a été réédité chez Pavillon Poche.

Tryphoninus