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Les Ames Mortes

Les Ames Mortes, Nicolas Gogol, 1842

Romans, Nouvelles & Théâtre

Nicolas Gogol
1842
400 pages

Une petite ville de province de Russie dans la première partie du XIXe Siècle voit l'apparition d'un étranger. Malgré une arrivée discrète, l'étranger, qui répond au nom de Tchitchikov, ne tarde pas, par sa bonne éducation et sa conversation, à rentrer dans les bonnes grâces de l'élite locale, hauts fonctionnaires et propriétaires terriens.

Si Tchichikov recherche assidûment la compagnie des puissants de la ville, c'est pour des raisons purement commerciales : il veut leur récupérer, acheter s'il le faut, des âmes mortes. Une « âme » dans la Russie de l'époque est un serf (homme parce que les femmes de comptent pas) attaché à la terre mais on peut l'acheter ou le vendre comme un bien ordinaire

Pourquoi acheter des serfs morts ? Parce que la mort biologique du serf ne correspond pas à sa mort administrative : il faut attendre le recensement. Et c'est là le plan qui a germé dans l'esprit tordu de Tchitchikov : il récupère des serfs morts recensés vivants. Quand il en a en grand nombre, il les met en gage auprès d'une banque et disparaît avec l'argent.

Et voilà donc Tchitchikov en train d'amadouer chaque propriétaire terrien pour lui soutirer ses âmes mortes, de préférence gratuitement. Il y a Manilov le rêveur, Karabotchka la vieille chouette, Nozdriov l'exubérant, Sobiakievitch le rusé ou Pliouchkine le radin.

Mais il y a aussi le romantisme irrépressible de la femme de province.

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« Les Ames Mortes » est un roman inachevé. On n'a que la première partie. Nicolas Gogol avait eu un succès inattendu en 1835 avec sa comédie « Le Revizor » où sous des dehors comiques, il fustigeait avec beaucoup de cynisme les fonctionnaires de province. Avec les Ames Mortes, il veut faire quelque chose de plus grand, de plus profond.

L'Ĺ“uvre devait être centrée sur la personnalité de Tchitchikov avec ses tribulations dans la première partie et sa lente rédemption dans la suite. Gogol est à l'aise dans la première partie où il peut attaquer sans vergogne la gentry russe. Par contre, il se rend compte qu'il n'a pas les qualités pour écrire la seconde. C'est un satiriste et il ne sait pas écrire la rédemption de Tchitchikov. Il essaiera, mais sans succès au point de brûler ses manuscrits.

Tout ça pour dire que c'est normal que l'histoire s'arrête net. Cela a pour conséquence que Tchitchikov reste un héros négatif tout au long du récit dont on dispose, faisant des Ames Mortes un de ces romans où il n'y a pas de « gentil ». En effet, si Tchitchikov est un homme peu fréquentable (il faut attendre le dernier chapitre pour que Gogol nous révèle toutes ses turpitudes), il ne faut pas espérer un personnage sympathique dans tous ceux qui sillonnent le récit.

A travers les différentes visites que fait Tchitchikov, Gogol fait une galerie de portraits, au vitriol, de tous les types de la société russe, propriétaires terriens et fonctionnaires, mais aussi les serfs, les domestiques, les femmes de province, les commerçants, etc. Partout ce n'est que bêtise, naïveté, cupidité, mauvaise foi, alcoolisme, flagornerie, etc. Sans parler des snobs qui émaillent leurs discours de mots français. Tout cela est traité avec un humour cynique un rien désabusé.

Le livre est disponible dans n'importe quelle librairie un peu sérieuse.

Tryphoninus