La Horde Noire Webzine metal extrême depuis 2002

Les Hommes Frénétiques

Les Hommes Frenetiques.jpg

Romans, Nouvelles & Théâtre

Ernest Pérochon
1925
250 p.

En 452 de l'ère post chrétienne, le monde est dirigé par un gouvernement universel influencé par les scientifiques. Grâce aux progrès de ceux-ci, l'humanité vit dans une quiétude nonchalante. Pourtant, sous cette indolence, couvent les germes de divisions profondes. Il y a d'abord un début de conscience de classe matérialisé par la distinction entre les méridiens (les riches) et les parallèles (les pauvres). Ensuite, il y a un sentiment d'appartenance régionale qui tourne très vite au nationalisme

Aux élections suivantes, les discours populistes et nationalistes ont un succès sans précédent et bientôt le monde est découpé en 12 nations autonomes. Evidemment, cela ne suffit pas et les tensions entre les différents blocs font planer des menaces de guerre, phénomène inconnu depuis 4 siècles.

Au milieu du chaos général, Harrisson, le physicien le plus doué de sa génération, vient de découvrir, en tentant d'isoler un phénomène physique étrange, une arme aux pouvoirs destructeurs aussi impressionnants qu'imprévisibles. Devant la tension internationale, il tait sa découverte tout en sachant que d'autres scientifiques finiront par y aboutir.

La guerre éclate finalement en Afrique et dégénère en un conflit sauvage où toutes les armes sont utilisées, y compris les armes chimiques et bactériologiques. Dans les derniers temps du conflit, les scientifiques des deux bords découvrent le phénomène déjà isolé par Harrisson et achèvent de détruire le continent. La guerre s'achève sur la destruction quasi-totale de la population africaine mais ce conflit ne fait que présager un conflit encore plus violent à une échelle plus large.

*
* *

« Les Hommes Frénétiques » sont une espèce de météorite dans la carrière littéraire d'Ernest Pérochon (1885 – 1942), plus connu pour ses romans champêtres et paysans (il a obtenu le prix Goncourt en 1920). Cette entrée dans la science fiction est pourtant un coup de maître et son auteur fut salué par la critique comme digne de Wells ou de Jules Verne (on parle d'une époque où l'anticipation ne passait pas en France pour une littérature d'adolescents attardés).

Le livre est à la fois un reflet de 1925 et un roman d'anticipation. En 1925, les horreurs de la Première Guerre Mondiale ont plongé le monde dans un pacifisme idéaliste. A cela s'ajoutent les conquêtes scientifiques, dopées par la guerre (voitures, avions, etc.). Face à un monde qui bascule résolument dans une nouvelle ère, Pérochon s'inquiète de la capacité des hommes à gérer ce nouveau bagage scientifique et le roman apparaît comme une matérialisation de ses craintes les plus noires.

L'anticipation de Pérochon commence par le passé, à savoir la Première Guerre Mondiale. En 452, comme en 1914, ce sont les nationalismes exacerbés qui provoquent la guerre. On sent réapparaître le spectre de la guerre de 1914 dans la violence aveugle et sauvage des belligérants et le fait que personne ne recule devant les moyens. Mais Pérochon ajoute des éléments qui sont étrangement prémonitoires de la Seconde Guerre Mondiale, comme l'impact des discours populistes, l'échec des organisations supranationales ou l'investissement scientifique forcené dans la recherche d'armes nouvelles.

Pérochon voit au-delà même du conflit. Quand il décrit un monde polarisé en deux blocs dont chacun détient une arme capable d'annihiler l'autre, il est très proche des théories de dissuasion nucléaire qui auront cours pendant la guerre froide. Avec une exception : les hommes frénétiques n'ont pas pu éviter l'apocalypse. Notons au passage que le mode de destruction de l'humanité est plutôt original par rapport aux romans ou films d'anticipation.

Après « Les Hommes Frénétiques », Pérochon a repris ses activités dans le roman paysan comme s'il avait eu besoin de crier son pessimisme pour l'exorciser puis le laisser derrière lui. Il s'ensuit que le livre s'attache très peu aux personnages pour se consacrer aux évènements politiques. Cela donne un coté un peu vieillot par rapport aux romans ultérieurs du genre ( Nous Autres ou Le Meilleur des Mondes ) plutôt centrés sur l'individu. Cela me semble cependant largement rattrapé par l'imagination frénétique de l'auteur, notamment dans la description des ravages de la guerre.

Du fait de sa place dans la carrière de l'auteur, le livre n'est pas facile à trouver. Il existe chez Marabout (1971) et chez Plon (édition originale). La version Marabout est quand même relativement courante sur ebay ou chez les bouquinistes.

Tryphoninus