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Malpertuis

Malpertuis - Jean Ray - 1943

Romans, Nouvelles & Théâtre

Jean Ray
1943
230 pages

Malpertuis est le nom d'une maison de maître, flanquée d'un modeste magasin de couleurs. « Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité, c'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui. Les hommes qui s'endorment dans ses immenses chambres s'offrent au cauchemar, ceux qui y passent leurs jours doivent s'habituer à la compagnie d'ombres atroces de suppliciés, d'écorchés vivants, d'emmurés, que sais-je encore ? ».

Le propriétaire des lieux, l'oncle Cassave, est à l'article de la mort et il a réuni ses légataires pour leur faire lire ses dernières volontés. Il y a les époux Dideloo, couple chafouin, Euryale, fille des précédents, au charme trouble, Jean-Jacques, jeune adolescent et principal narrateur, Nancy la sœur énergique de Jean-Jacques, les trois sœurs Cormélon, vieilles filles revêches, le docteur Sambuque, médecin ivrogne, Philarète, un taxidermiste un peu fêlé, Lampernisse, effrayé par l'obscurité et enfin les époux Griboin, les domestiques.

Le testament est très simple : tous les légataires recevront à vie une rente colossale tant qu'ils vivront dans les murs de Malpertuis. Le dernier vivant emporte tout. Si les deux derniers survivants sont de sexe opposé, ils doivent se marier. L'exécuteur testamentaire est l'énigmatique Eisengott.

Cassave meurt et la vie des nouveaux occupants s'organise tant bien que mal. Elle est facilitée par le fait le nombre de convives se réduit de jour en jour. On les retrouve cloués au mur, carbonisés, transformés en pierre ou même dévorés vivants, et ce dans l'indifférence générale de ceux qui restent.

Dans l'étrange maison aux étranges habitants, Jean-Jacques balance entre Euryale et Alice, la jolie cadette des sœurs Cormélon. Mais Euryale lui a déjà promis qu'ils seraient les deux derniers.

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Jean Ray (1887 – 1964) est considéré comme l'un des grands maîtres, si pas Le maître du fantastique de langue française et « Malpertuis » est souvent considéré comme son chef d'œuvre.

C'est assez difficile de chroniquer le livre sans en dévoiler la fin. Le thème général du livre est en effet dans les dernières pages. Une fois connu, le secret de Cassave éclaire le livre d'un jour complètement différent et ouvre un champ d'interprétations quasiment infini. Et c'est un véritable tour de force de tenir le lecteur en haleine jusqu'à la fin alors que le récit regorge d'indices qui annoncent le secret de Cassave. Pourtant, ces indices ne deviennent intelligibles qu'à la seconde lecture. C'est pour ça qu'il faut lire le livre deux fois, au moins.

La force de Jean Ray est de créer un fantastique qui est un monde en lui-même organisé et répondant à ses propres règles. C'est une idée qu'on retrouve aussi chez Lovecraft à la même époque avec le mythe de Cthulhu. Chez Jean Ray, le « monde parallèle » se situe dans le quotidien et Malpertuis en représente une parfaite illustration : la maison bascule lentement du réel vers le fantastique jusqu'à ce que le fantastique devienne la norme. Cela n'empêche que l'histoire reste cohérente et logique mais par rapport au monde parallèle.

Malpertuis a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Härry Kumel en 1972 avec Jean-Pierre Cassel, Mathieu Carrière, Orson Welles, Susan Hampshire et Michel Bouquet. L'adaptation d'une telle œuvre représente un véritable défi que le réalisateur ne réussit à relever qu'imparfaitement. Je dois cependant dire que j'ai vu la version française qui n'est pas une version reconnue par Härry Kumel (des passages ont été coupés par rapport à la version néerlandaise).

Le livre est relativement facile à trouver dans toute librairie digne de ce nom. Il existe aux Editions Labor (Espace Nord n° 88) et, pour les collectionneurs, chez Marabout dans plusieurs versions.

Tryphoninus