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On achève bien les Chevaux

On achève bien les Chevaux, Horace Mc Coy, 1935

Romans, Nouvelles & Théâtre

Horace Mc Coy
1935
180 p.

Los Angeles 1935. Robert Syberten écoute, un peu distrait, le juge lui lire le verdict rendu par le jury. Il connaît déjà l'issue : condamnation à mort pour le meurtre de Gloria. Le temps que le juge lise, Robert revoit tous les évènements qui l'ont conduit à l'échafaud.

Tout commence avec la crise des années 30 aux Etats-Unis. Comme tant d'autres, Robert est fauché et arpente les trottoirs de Hollywood dans l'espoir d'être metteur en scène. Par hasard, il rencontre Gloria, une actrice ratée et complètement dépressive. Aussi fauchée que lui.

Gloria lui propose malgré tout de participer à un marathon de danse, bon plan quand on n'a pas d'argent. La règle du marathon est simple : des couples dansent (la première semaine) puis bougent (les semaines suivantes) au son d'un orchestre de troisième zone ou de la radio, le tout entrecoupé des précieuses coupures publicitaires. C'est le dernier couple en piste qui gagne, soit 1.000 dollars et l'espoir plus ou moins obscur d'être repéré par un producteur. Mais pour gagner, il faut être costaud : il faut prévoir entre 1000 et 1500 heures de danse avec une pause de 10 minutes toutes les 110 minutes. La « Prod » a tout prévu : des médecins, des lits, du ravitaillement et tout l'encadrement qu'il faut aux concurrents.

Tout dans le marathon est sinistre : les organisateurs, les autres concurrents, les gens du public et tous les paumés qui gravitent autour. Pourtant, dans la grisaille générale, tout le monde se serre les coudes et cela pourrait aller. C'est oublier Gloria qui ne parle que de sa volonté de mourir.

Comme le public se fait rare, les organisateurs ont l'idée d'organiser une course tous les soirs, et chaque fois, le dernier couple est éliminé. Ils ont aussi l'idée d'organiser le mariage, plus ou moins bidon, d'un des couples pendant le marathon. Il n'en fallait pas plus pour déclencher les foudres de la ligue pour le relèvement de la moralité publique.

Et pendant ce temps-là, Gloria est toujours en vie, et le déplore.

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Vous l'aurez compris, « On achève bien les chevaux » n'est pas spécialement réjouissant. L'un des premiers polars américains, il décrit sans ambages la condition de ceux qui ont subi la crise de 29 de plein fouet. Et le marathon, complètement absurde, permet de passer tout le monde en revue : les danseurs qui croient au mirage de la célébrité, les organisateurs qui essaient de survivre en exploitant les danseurs, et ce fameux public, qui vient oublier sa propre misère, morale ou matérielle, en regardant d'autres, tombés plus bas qu'eux.

Au dessus de la mêlée, planent les entreprises qui trouvent des espaces publicitaires partout, y compris sur les candidats, et les stars du Hollywood voisin, venues s'encanailler ou tester leur éphémère popularité. Alors qu'on croît s'élever, on touche le fond avec la ligue pour le relèvement du la moralité publique qui se fout que des paumés soient exploités tant qu'on ne touche pas aux institutions telles que le mariage.

Pourtant, le roman n'est pas désespéré et ne sombre jamais dans le misérabilisme. A part Gloria, tous ont la ferme intention de s'en sortir, même s'ils ne savent pas que quand on en est à se trémousser sans dormir pendant des semaines, c'est qu'on a déjà franchi le point de non-retour. Mais il y a Gloria, qui a la joie de vivre d'un album de Doom dépressif.

Les marathons de danse et la crise des années 30 sont un passé lointain. Est-ce à dire que le roman a pris un coup de vieux ? Que du contraire : des gens paumés qui se donnent en spectacle devant des gens tout aussi paumés dans un concours plus ou moins scénarisé, cela rappelle furieusement la télé-réalité.

Le livre a été porté à l'écran par Sidney Pollack en 1969 et monté en spectacle par Robert Hossein. Le livre est facile à trouver, notamment chez Folio Policier (n° 117).

Tryphoninus