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Sauvagerie

Sauvagerie, J.G. Ballard, 1988

Romans, Nouvelles & Théâtre

J.G. Ballard
1988
120 pages

Le docteur Richard Greville est un psychiatre anglais attaché à la police anglaise. Il a été chargé par Scotland Yard d'enquêter sur un massacre sauvage. Ce n'est pas vraiment que la police croit en lui, mais elle est complètement désemparée.

Le cas sur lequel doit se pencher Greville est assez complexe: toute la population adulte de Pangbourne Village a été massacrée et leurs enfants ont été enlevés. Pangbourne Village n'est pas à proprement parler un village mais un espace résidentiel fermé et surprotégé pour gens aisés, avec gardes, vidéo-surveillance, etc. Pourtant, en une petite demi-heure, 32 adultes ont été abattus. Toutes les victimes, parents, domestiques ou gardes, ont été tuées de manière diverse, mais avec un sang froid qui défie l'entendement. Le massacre fait évidemment la une des journaux.

Flanqué d'un sergent de police vieux et taciturne, Greville cerne de plus en plus la vie de Pangbourne Village: un paradis d'ordre, de paix et de propreté loin des turpitudes du monde extérieur. Les parents sont doux et attentionnés et les enfants font leurs devoirs et tout le monde se retrouve ensemble pour des activités communes au sein de la petite communauté. C'est donc une vie idyllique que celle de Pangbourne Village, avec un emploi du temps affiché au mur.

Les deux enquêteurs vont rapidement se persuader que c'est dans cette vie parfaite que réside la clé de l'énigme. Et ils vont arriver à la conclusion de l'affaire, gênante pour tout le monde, mais la seule vraiment logique. Autant dire que cela ne va plaire ni à Scotland Yard ni à l'opinion publique.

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J.G. Ballard (1930 – 2009) est un écrivain britannique qui a débuté dans la science-fiction (et qui ne l'a jamais reniée). Il est surtout connu pour ses nouvelles. De part sa taille, Sauvagerie se situe d'ailleurs quelque part entre une grosse nouvelle et un court roman.

Le lecteur comprend assez vite qui sont les meurtriers mais ce n'est pas gênant parce que le roman ne se veut pas un roman policier. C'est plutôt l'occasion de mener une réflexion sur ces sociétés closes que constituent ces résidences protégées et aseptisées.

Ce qui semble intéresser Ballard dans ces sociétés, ce n'est pas tellement le délire sécuritaire mais plutôt la notion d'un monde idéal, centré autour du bonheur au détriment de la personnalité de l'individu. C'est dans cette logique que le livre se rapproche de certains romans d'anticipation qui reprennent la recherche d'un monde idéal à un niveau plus global ( Nous autres , Le Meilleur des Mondes , Un Bonheur Insoutenable ).

Comme dans ces auteurs, on retrouve l'idée que le bonheur imposé est un leurre mais J.G. Ballard se démarque sur un point. Alors que le bonheur imposé entraîne une réaction de défense et produit des révoltés, dans Sauvagerie , le bonheur imposé entraîne des troubles psychologiques graves et crée des déséquilibrés dangereux.

Sauvagerie est paru chez Tristram dans une nouvelle traduction. Attention, le bouquin est assez cher (13 euros). Une première édition était parue en 1992 chez Belfond sous le titre «  Le Massacre de Pangbourne ». Pour les anglophiles, le titre original est «  Running Wild ».

Tryphoninus