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Yvonne, Princesse de Bourgogne

Yvonne, Princesse de Bourgogne, Affiche de 2009

Romans, Nouvelles & Théâtre

Pièce de Witold Gombrowicz
1938

Tout commence comme un conte de fée : un royaume, avec une cour, un roi débonnaire, une reine un peu pincée, un prince en quête de sa princesse. C'est justement au niveau de la princesse, Yvonne, que ça coince. Non seulement Yvonne est laide mais en plus elle est complètement ahurie. Yvonne ne parle pas, ne bouge pas et ne présente aucune forme de pensée consciente.

Le prince l'a rencontrée dans un parc, affublée de deux tantes, et, par provocation , il l'a présentée à la Cour comme sa fiancée. Inutile de dire que l'accueil fut plutôt tiède mais on plus essaie de l'en dissuader, plus le prince veut garder Yvonne. Plus tellement par provocation mais parce qu'il pressent vaguement que l'épouser est le seul moyen de vaincre le dégoût qu'elle lui inspire.

Mais la présence d'Yvonne va avoir d'autres conséquences. Les membres de la Cour ne sont pas équipés pour combattre son silence obstiné et stupide. Ni les moqueries, ni les insultes, ni la gentillesse ne parviennent à l'entamer. Du coup, ce sont eux qui vont y laisser des plumes.

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« Yvonne, Princesse de Bourgogne » est la première pièce de l'écrivain polonais Witold Gombrowicz. Publiée en 1938, elle ne sera créée sur scène qu'en 1947.

La pièce se distingue par le silence total du rôle-titre. Yvonne ne desserre pas les dents de toute la pièce alors même qu'elle est dans une société, la Cour, qui est justement basée sur le faste et les apparences. Et l'effet est dévastateur parce que, démunis face au silence d'Yvonne, les personnages ne peuvent plus se cacher derrière les conventions sociales et finissent par se découvrir. Devant leur univers confortable qui vacille, tous les tenants du conformisme, prince y compris, vont devoir trouver une solution radicale pour éliminer l'intruse.

Cela permet à Gombrowicz de venir à l'un de ses thèmes de prédilection : le conformisme. Il a même inventé un terme pour ça : cuculiser , c'est-à-dire enfermer l'être dans un moule de contraintes sociales qui détruisent son individu et sa pensée. Le conformisme transforme les gens en robots. Dans la pièce, le roi se cache pour observer la reine et espérer surprendre sa vraie nature. Il sera déçu parce que la reine reproduit les mêmes schémas qu'elle soit seule ou en public.

Il faut aussi reconnaître qu'à l'heure de la société de la communication, la pièce prend aujourd'hui une dimension qui n'était qu'entrevue en 1938.

Malgré son thème un peu philosophique, « Yvonne, Princesse de Bourgogne » est une pièce agréable à lire ou regarder parce qu'elle bénéficie de l'humour de Gombrowicz. C'est un humour assez rude, un brin décalé, qui permet de tourner en ridicule, notamment par le personnage du chambellan, les travers conformistes des personnages de la Cour.

La pièce est disponible chez Folio (Théâtre de Gombrowicz) et chez Acte-Sud.

Tryphoninus