Hitchcock, le roi du suspens

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Son enfance

Alfred Joseph Hitchcock est né le 13 août 1899 à Leytonstone dans la banlieue de Londres.
Son père (William) et sa mère (Emma) étaient épiciers en gros. Ils avaient loué une modeste épicerie dans la rue principale de Leytonstone. Alfred était le cadet des trois enfants, Alfred gardera toute sa vie des rapports extrêmement distants avec son frère et sa sœur. Dans cette famille catholique, il avait l'habitude de se confesser chaque soir à sa mère. Le petit Alfred fut un enfant extrêmement solitaire et très peureux. Il était un garçon obèse et plein d'imagination

Les débuts

Après un stage d'assistant technicien, il obtient en 1920 son premier emploi à Londres comme concepteur de sous-titrages dans les films muets. C'est en 1923 qu'il devient assistant puis metteur en scène. Son talent lui permet une ascension rapide dans le milieu cinématographique en plein boom a cette époque.

Son premier film important, "Les cheveux d'or" (The Lodger), sort en 1926. Dans ce film, une blonde séduisante est assassinée, et de lourds soupçons pèsent sur le nouveau locataire d'un appartement voisin, bien qu'en fait il soit innocent du crime.
Les films d'Hitchcock montrent souvent des personnes innocentes entraînées dans des situations qu'elles ne contrôlent plus, et ne comprennent parfois même plus; un thème fréquent de ses films est que ces personnages ne sont en fait coupables que de petites erreurs sans importance.
Ses films mettent beaucoup l'accent à la fois sur la peur et sur l'imagination, et sont connus pour leur humour cocasse. "Downhill" (1927) montrait un autre personnage accusé à tort : c'était cette fois un jeune homme accusé de vol dans son école, et chassé par ses parents, suite à ce vol. Plus tard, le jeune homme tombe amoureux d'une femme plus âgée que lui, et lorsqu'elle se réveille au matin, il aperçoit son visage ridé, tandis que des hommes rentrent un cercueil par leur fenêtre.
Hitchcock fera souvent apparaître dans ses films le lien entre Éros et Thanatos.
Meurtre (Murder, 1930) est un film un peu particulier car il matérialise la frontière entre le cinéma muet et le cinéma parlant.
Le parlant n'était pas encore reconnu universellement comme une solution d'avenir.
La production du film, qui ne souhaitait pas prendre de risques, imposa donc que le film soit muet. Hitchcock étant à l'inverse convaincu de l'intérêt du film parlant, tourna discrètement certaines scènes avec du son. Le film est donc d'abord sorti en version muette, puis est ressorti ensuite dans sa version partiellement sonore.

La reconnaissance à Hollywood

David O. Selznick pousse Hitchcock à venir faire des films à Hollywood.
Avec Rebecca en 1940, Hitchcock réalise son premier film américain - il restera d'ailleurs aux États-Unis pour presque toute sa carrière.
"Rebecca" évoque les craintes d'une jeune mariée naïve qui emménage dans une maison bourgeoise de la campagne anglaise, et doit s'attaquer aux legs de la défunte première femme de son mari.
L'humour des premiers films d'Hitchcock y est toujours présent, mais il mettra dorénavant plus l'accent sur le suspense puisque c'était ce que demandait le public américain.

Probablement à cause de la relation pendant son enfance avec sa mère, ses films montrent souvent des personnages masculins en conflit avec leur mère ou en état d'infériorité vis à vis des femmes, souvent blondes et séduisantes.
Dans "La mort aux trousses", Roger O. Thornhill (Cary Grant) est un homme innocent, ridiculisé par sa mère parce qu'il est persuadé que de mystérieux meurtriers le poursuivent.
Dans "Les oiseaux", le personnage de Rod Taylor se retrouve dans un lieu envahi par des oiseaux vicieux, tandis qu'il essaie d'échapper à l'emprise de sa mère.
Le personnage du tueur, dans "Frenzy", vit également dans la même maison que sa mère.
Les problèmes de Norman Bates, dans "Psychose", sont également célèbres..
Dans "Pas de printemps pour Marnie", la belle Tippie Hedren est cleptomane.
Dans "La main au collet", Grace Kelly est voleuse de chats. Après s'être intéressée à la vie de Thorwald, dans "Fenêtre sur cour", Lisa pénètre par effraction dans l'appartement de Thorwald.
La blonde séduisante de "France" est la jeune Claude Jade dans L'étau (Topaz) en fille d'un agent secret. Et dans "Psychose", Janet Leigh vole 40 000 $ avant de se faire assassiner par un certain Norman Bates (Anthony Perkins) qui se prenait pour sa propre mère.
Les films les plus personnels d'Hitchcock sont probablement "Les enchaînés" et "Sueurs froides" – tous deux sur le thème de l'obsession et de la névrose d'hommes manipulant des femmes.
"Sueurs froides" explore en détail les relations entre le sexe et la mort. Dans ce film, bien que James Stewart sache que Kim Novak n'est qu'un accessoire du crime, ils ne peuvent s'empêcher de tomber amoureux l'un de l'autre. Le personnage de Stewart ressent un besoin violent de contrôler sa compagne, de l'habiller, d'adorer ses vêtements, ses chaussures, ses cheveux.
Malgré tout, Hitchcock ne fut jamais très apprécié de la critique de son époque. Seul "Rebecca" reçut l'Oscar Academy Award du meilleur film. En tant que producteur, Hitchcock fut nommé pour son film "Soupçons". Il fut également nommé meilleur metteur en scène pour cinq de ses films : "Rebecca", "Lifeboat", "La maison du docteur Edwardes", "Fenêtre sur cour" et "Psychose". Mais le seul Academy Award qu'il reçut fut le prix Irving G. Thalberg Memorial, en 1968.

La patte de Hitchcock

Bien qu'il travaillât souvent avec des scénaristes extrêmement doués, tels que Raymond Chandler, Hitchcock avait beaucoup de mal à rendre à l'écran les scénarios de ses films.
Il eut d'ailleurs un jour ce commentaire : « Le scénariste et moi-même rédigeons le script jusque dans ses moindres détails ainsi, lorsque nous avons terminé, il ne reste plus qu'à tourner le film. Mais en fait, dès que nous entrons en studio, nous devons commencer à faire des concessions. En réalité, le scénariste a la plus belle part du travail car il ne doit pas s'inquiéter des acteurs et de tout le reste. »
Hitchcock était souvent critique envers les acteurs et les actrices, dénigrant par exemple le jeu de Kim Novak dans Sueurs "froides", ou déclarant que les acteurs doivent être considérés comme du bétail.
Hitchcock considérait que le fait de tout faire reposer sur le jeu des acteurs et des actrices n'était qu'une coutume héritée du théâtre.
Il fut par contre pionnier dans sa manière d'utiliser les mouvements de la caméra, les prises de vue et les montages, mais également dans sa façon d'explorer les confins de l'art cinématographique.

Dans la plupart de ses films, Hitchcock s'arrangeait pour apparaître à l'écran un court instant. A ses débuts, il s'agissait surtout d'économiser un figurant. On le voyait parfois monter dans un bus, passer devant un magasin, dans une publicité de magazine pour un régime amaigrissant ! Trouver Hitchcock dans chacun de ses films est d'ailleurs devenu un jeu très populaire parmi ses spectateurs. On trouve même des livres et des sites internet spécialisés sur le sujet. Le plus souvent Hitchcock apparaît dans les cinq premières minutes du film, pour que la recherche de sa présence ne vienne pas trop détourner le spectateur de l'intrigue.

Le Mac Guffin est un concept original dans le cinéma d'Hitchcock.
L'origine du mot viendrait de l'histoire suivante, racontée par Hitchcock : Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L'un dit à l'autre : "Excusez-moi Monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête ? - Oh, c'est un Mac Guffin. A quoi cela sert-il ? - Cela sert à piéger les lions dans les montagnes d'Ecosse - Mais il n'y a pas de lion dans les montagnes d'Ecosse - Alors il n'y a pas de MacGuffin" .
Hitchcock utilisait souvent cette anecdote pour se moquer de ceux qui exigent une explication rationnelle et une cohérence parfaite pour tous les éléments d'un film. Ce qui l'intéresse c'est de manipuler le spectateur, de le promener au fil de l'histoire et qu'il ait aussi peur que le héros ou l'héroïne de son film. Peu importe les petites tricheries ou les approximations sur la vraisemblance. Hitchcock considérait les films pour ce qu'ils sont, c'est à dire un spectacle et non une copie conforme de la réalité. Dans les films d'Hitchcock, le MacGuffin est souvent un élément de l'histoire qui sert à l'initialiser voire à la justifier mais qui s'avère en fait sans grande importance au cours du déroulement du film.
Dans "Psychose", le MacGuffin est l'argent dérobé par Marion à son patron au début du film, il va sans dire que la suite est tellement prenante que l'argent est bien vite oublié, mais c'est lui qui a initialisé l'histoire.

Autre spécificité de Hitchcock : tout est fait pour susciter des émotions :
à la différence d'une énigme (qui a tué ? ), dont la résolution n'apporte qu'une brève émotion, le fait de mettre le public dans la confidence comme quand l'assassin est connu depuis le début, et qu'un innocent est accusé permet d'impliquer le spectateur tout au long du film (comment l'innocent va se disculper ?)
Hitchcock accentue la propension du spectateur à s'identifier au héros de ses films en utilisant des procédés techniques adaptés : gros plans, caméra subjective, intérêt porté à des détails ou des objets précis, montage serré. Il exerce un art consommé de la suggestion. Ainsi tous les spectateurs de Psychose sont marqués par la scène horrible où Norman assassine Marion sous la douche ; et pourtant on ne voit aucun coup porté ni aucun contact entre le couteau et le corps.
Hitchcock transforme également le spectateur respectable en voyeur, brouillant encore plus la distinction entre coupable et innocent, et ne la faisant apparaître clairement qu'à la fin.
Dans "Fenêtre sur cour", après que L. B. Jeffries (James Stewart) aie passé une bonne partie du film à observer Lars Thorwald, celui-ci lui fait face et lui demande « Que me voulez-vous ? ». Burr pourrait tout aussi bien poser sa question au spectateur.
"Fenêtre sur cour" était également un défi technique qu'Hitchcock s'était imposé : un film tourné entièrement depuis la même place ; un seul point de vue qui parvient néanmoins à maintenir notre attention.
Alfred Hitchcock meurt le 29 avril 1980 à Los Angeles (USA). Sa reconnaissance est surtout posthume.

Filmographie (avec noms originaux en anglais) :

? La danseuse blessée (1923) (Woman to woman), assistant metteur-en-scène
? L'ombre blanche (1923) (The white shadow)
? The prude's fall (1923)
? Abnégation (1924) (The passionate adventure)
? Le voyou (1925) (The blackguard)
? Le jardin du plaisir (1925) (The pleasure garden)
? The mountain eagle (1926)
? Les cheveux d'or (1926)
? (The Lodger) Downhill (1927)
? Easy virtue (1927)
? Le masque de cuir (1927) (The ring)
? Laquelle des trois ? (1928) (The farmer's wife)
? A l'américaine (1928) (Champagne)
? The manxman (1929)
? Chantage (1929)
? Blackmail Junon et le Paon (1929) (Juno and the Paycock)
? Meurtre (1930) (Murder)
? The skin game (1931)
? À l'est de Shanghai (1932) (Rich and strange)
? Numéro dix-sept (1932) (Number seventeen)
? Le chant du Danube (1934) (Waltzes from Vienna)
? L'homme qui en savait trop (1934, retourné en 1956) (The Man who Knew Too Much)
? Les 39 marches (1935) (The 39 Steps)
? Quatre de l'espionnage (1936) (The secret agent)
? Agent secret (1936) (Sabotage)
? Jeune et innocent (1937) (Young and Innocent)
? Une femme disparaît (1938) (The Lady Vanishes)
? La taverne de la Jamaïque (1939) (Jamaica Inn)
? Rebecca (1940)
? Correspondant 17 (1940) (Foreign Correspondent)
? Soupçons (1941) (Suspicion)
? Joies matrimoniales (1941) (Mr. and Mrs. Smith)
? Cinquième colonne (1942) (Saboteur)
? Lifeboat (1943)
? L'ombre d'un doute (1943) (Shadow of a Doubt)
? La maison du docteur Edwardes (1945) (Spellbound)
? Les enchaînés (1946) (Notorious)
? Le procès Paradine (1947) (The Paradine Case)
? La corde (1948) (The Rope)
? Les amants du Capricorne (1949) (Under Capricorn)
? Le grand alibi (1950) (Stage fright)
? L'inconnu du Nord-Express (1951) (Strangers on a Train)
? La loi du silence (1952) (I confess)
? Fenêtre sur cour (1954) (Rear Window)
? Le crime était presque parfait (1954) (Dial M for Murder)
? Mais qui a tué Harry ? (1955) (The Trouble with Harry)
? La main au collet (1955) (To Catch a Thief)
? Le faux coupable (1957) (The wrong man)
? Sueurs froides (1958) (Vertigo)
? La mort aux trousses (1959) (North by Northwest)
? Psychose (1960) (Psycho)
? Les Oiseaux (1963) (The Birds)
? Pas de printemps pour Marnie (1964) (Marnie)
? Le rideau déchiré (1966) (Torn Curtain)
? L'étau (1969)(Topaz)
? Frenzy (1972)
? Complot de famille (1976) (Family Plot)

D'après http://nezumi.dumousseau.free.fr/hitchcock.htm

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