Le Head Banging est-il mauvais pour la santé ?

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Dossiers

Oui, si on cogne la tête de son voisin. Mais pas seulement si on en croit deux chercheurs australiens Declan Patton et Andrew Mc Intosh qui se sont penchés (si on peut dire) sur le phénomène. Ils sont respectivement assistant de recherche et professeur associé à l'Université de New South Wales en Australie.

Ils ont publié le résultat de leurs recherches dans le très sérieux British Medical Journal en décembre 2008. Selon eux, le head-banging peut créer des dommages à la nuque et des traumatismes légers au cerveau, pouvant provoquer mal de tête et vertiges.

Pour commencer, les deux savants ont défini plusieurs styles de head-banging : le up-down, le circular swing, le full body et side-to-side. Forts de ces connaissances, ils ont assisté à des concerts de métal dont Motorhead, Motley Crue, Skid Row, Ozzy, Whitesnake ou WASP pour les plus connus et ont pu faire une première constatation : le métalleux de base préfère le head-banging up-down.

De retour chez eux, ils ont demandé à 10 musiciens de définir les dix morceaux qui les font le plus headbanger. Sans vraiment de surprise, ils sont venus avec 10 morceaux de heavy metal (encore faut-il voir ce que nos amis en blouse blanche appellent heavy metal). Ils ont demandé à ces musiciens de battre la mesure pour calculer le nombre de « beat » par minute de chaque morceau.

Pour donner un ordre de grandeur, « Bohemian Rhapsody » (Queen) peut aller jusque 134 beats par minute. Les morceaux retenus pour l'étude ont une moyenne de 146 beats par minute. Par contre, avec Tonight, I ‘m gonna Rock You Tonight » (Spinal Tap) et « Kickstart My Heart » (Motley Crue), peuvent aller jusqu'à 180 beats par minute. Les chercheurs n'ont pas d'indication pour un groupe de black metal, peut-être ne savent-ils pas que cela existe.

A partir de ces données, ils ont construit un modèle biomécanique de head-banging et avec toute une rafale d'équations, ont défini les facteurs de risque pour la tête et pour la nuque.

La tête

Le risque dépend de la vitesse du mouvement (mesuré par le tempo en beat) et de l'angle de la tête.

Ils ont défini trois niveaux de risque : le mal de tête ou des vertiges (niveau 1), une perte de connaissance de moins d'une heure (niveau 2) et une perte de connaissance de plus d'une heure (niveau 3). Heureusement, le niveau de perte de connaissance ne peut guère dépasser 6 heures, mais il y a quand même de quoi rater la fin du concert.

Revenons sur les facteurs. L'angle de la tête devient problématique lorsque la tête fait un mouvement qui se situe entre 45 et 120 degrés. Le tempo multiplie le risque. Par exemple, pour un mouvement à 120°, le risque 1 existe dès un tempo de 115 beats par minutes alors qu'avec 45° d'inclinaison, le sujet peut supporter un beat de 180 sans atteindre le premier niveau.

Donc, quand dans la fosse, un métalleux vous regarde avec les yeux hagards et l'air « ahuri et troublé » (« Dazed and confused » pour les fans de Led Zeppelin), ce n'est pas forcément la bière mais plutôt du headbanging de niveau 1.

La nuque

Pour la nuque, les chercheurs se sont basés sur des études existantes (sans rapport avec le headbanging) qui prennent en compte l'accélération et la vélocité du centre de gravité de la tête par rapport à la vertèbre T1. La valeur s'exprime en m²/s². Le seuil de tolérance est en général de 15 m²/s² mais des études dissidentes tendent à la faire descendre à 8,7 m²/s².

Ici également, le risque dépend de l'angle de la tête et du tempo. Avec un angle de 120°, il faut un tempo de 140 beats/min pour atteindre les 8,7 m²/s². Par contre, il faut 180 beats/min pour atteindre le seuil de 15 m²/s² ce qui amène les scientifiques à conclure que les risques sur la nuque sont plutôt limités pour du heavy metal classique.

Conclusions

Afin de tempérer le côté un peu aride de l'étude, nos chercheurs ont appliqué les résultats de leurs recherches à des headbangers célèbres. Ils ont commencé par Beavis et Butt-head : Beavis ne risque rien parce qu'il reste en-deça du seuil fatidique de 45%. Pour Butt-head, par contre, il faut qu'il fasse attention. Autre exemple : « Bohemian Rhapsody » dans Wayne's World (oui, la scène dans la voiture). Pour Wayne et Garth, ça peut aller (sauf à cogner dans le volant) mais les deux autres pourraient avoir des maux de tête.
Explication des techniques de headbanging avant un concert de Dark Funeral
La suite de l'étude sera de déterminer l'impact du facteur temps dans les résultats.

Pour finir, les chercheurs ont ensuite essayé de trouver des solutions sérieuses (je vous laisse juger) pour régler le problème :
1. Donner des programmes d'entraînement juste avant le concert (jugez plutôt : le chanteur du premier groupe monte sur scène et explique les mouvement de headbanging comme une hôtesse de l'air explique les consignes de sécurité);
2. Orienter nos chères têtes blondes vers des musiques « adultes » ou « d'écoute facile » pour reprendre les termes pleins de préjugés des auteurs ;
3. Mettre des colliers de protection (!).

Pourtant, il existe une solution simple et bon marché : écouter du doom. Dans les années 80, les punks américains pogotaient et headbangaient au ralenti pour se moquer des groupes de doom (surtout Saint-Vitus). Ils venaient sans le savoir de s'épargner de nombreux maux de tête.

Laissons le mot de la fin à Accept :

Shake your heads 'till your necks are breaking
Shake your heads - cry out as loud as you can
Shake your heads 'till your brains are burning
Shake Your heads - cry out as loud as you can

Tryphoninus