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SLAYER story, hommage aux dieux du thrash

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Slayer Band

Quel groupe de thrash metal peut-il exhiber une longévité, une stabilité, une créativité et un statut tel qu'il faisait parti des "four bigs" US dans années 80 et dont la notoriété n'a pas pris une ride? SLAYER, évidemment, les "massacreurs" qui dévastent (musicalement) tout sur leur passage à chacune de leurs sorties, au point d'être devenu une véritable et vénérable référence dans le monde entier, et ce, depuis déjà trois décennies !

Slayer Les débuts : la course à l'agressivité métallique !

Au moment de sa fondation en 1982 par Kerry KING, SLAYER s'est incontestablement nourri du punk et du Heavy pour la construction de son image: il s'agit de faire tout ce qui choquera la middle-class bien pensante américaine (de laquelle ils sont issus d'ailleurs!): exhibition de croix retournées et maquillage sur scène (à la KING DIAMOND mais en version allégée: voir pochette de "Show no mercy"), show tournant parfois à l'émeute, déclaration intempestive à la presse métallique, qui se charge autant de les aduler que de les démonter... D'ailleurs leurs paroles et leur attitude prêtent ingénieusement à confusion: entre satanisme, nazisme, sadisme, nécrophilie, alcoolisme, tares congénitales, tout est bon pour ranger nos thrasheurs dans un (vaste) tiroir! Pourtant, tout commence doucement: de la rencontre entre K.KING, guitariste soliste émérite, ayant déjà joué avec les futurs METALLICA, et DAVE LOMBARDO, batteur transcendental à qui sera présenté Jeff HANNEMAN, Guitariste soliste aussi taciturne que sulfureux et TOM ARAYA bassiste qui ne sera jamais débarrassé du rôle de chanteur hurleur, pourtant provisoire.. Le nom de SLAYER est choisi, en réaction aux autres groupes qui prennent tous des noms de maladie, de l'aveu même de K. KING. Ce nom constituerait en fait un acronyme, qui signifierait en substance " Satan Laughs As You Eternaly Root " (" Satan rie de te voir éternellement pourrir! "). Placé sur un logo en forme de pentacle et d'une couronne de chêne, la controverse est ouverte. Ce nom circule de plus en plus, du fait de nombreuses apparitions dans de petits clubs de la côte californienne, véritable berceau du thrash US; c'est là qu'ils seront remarqués: après un énième concert dans un club dégénérant en beuverie, Dave Lombardo peine à se souvenir, le lendemain, de la raison pour laquelle il y a le n° de téléphone d'un producteur dans sa poche!
Pourtant, cet heureux incident le début de leur ascension aux côté de METALBLADE RECORDS (Pour les deux premiers albums): " Show No Mercy " (" Ne montre aucune pitié! ") sort en 1983 et malgré une production approximative (mais bien dans la veine de l'époque), il résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel métallique: la première vague de glam s'essouffle, le punk aussi, peu importe: le thrash s'éveille et va tout emporter dans son sillage! Les structures des morceaux de SLAYER sont complexes, les tempos sont rapides, tous les riffs sont aussi techniques qu'accrocheurs, les longs solos sentent bons l'esprit punk, les lyrics, écrits par les deux guitaristes ne font aucun compromis: le Malin et la violence sous toutes ses formes (guerre, meurtre, torture...) sont les thèmes essentiels du groupe et ils n'évolueront que très peu. La voix de Tom s'apparent plutôt à un grognement caverneux mais le gars n'était pas chanteur à l'origine et il va progresser de façon stupéfiante tout au long de sa carrière... Tout est là pour prouver le potentiel énorme de ce jeune groupe! Afin de transcrire l'énorme énergie dégagée par le groupe sur scène, un live regroupant des titres du premier album joués en 1983 et 1984 sort: "live undead".
Travailleurs et soudés, ils ne se reposent pas sur leur premiers lauriers et sortent en 1985 le cultissime " Hell awaits " (" L'enfer attend "): les mêmes caractères que pour leur premier méfait s'en dégagent: la production n'est toujours pas terrible mais les titres sont toujours très accrocheurs, impitoyables, aussi bien au niveau technique, que des lyrics et des tempos: par exemple, le titre " Necrophiliac " nous emmène dans un cimetière ou le désir de déterrer et de pénétrer le corps d'une prostituée récemment mis en bière est plus fort que la crainte des légions infernales qui vont pourtant fondre sur le nécrophile afin de défendre ladite péripathéticienne... quelle poésie, emmenée par des tempos au delà de 200 bpm malmenés par de nombreux changement de rythmes! La longue introduction de l'album résume à elle seule tout le programme de Slayer: on peut y entendre enregistrer à l'envers le message (dit " subliminal " par ses détracteurs) " join us, join us "! Il est vrai que c'est le comble du mauvais goût, si on le met en parallèle au procès de leur grand idôle JUDAS PRIEST pour avoir usé du même procédé! (" I ask him a peppermint " susurrait un titre de JUDAS ! Ce qui a été interprété par des plaignants en "Do it", sous-entendu le suicide!!!) Conceptuellement, Slayer est proche de la première vague black metal (VENOM, CELTIC FROST, BATHORY), mais la dissociation se fera progressivement en les deux styles...KREATOR et SODOM penchent également entre les deux styles, sans se démarquer encore clairement du black métal naissant. Pourtant, Slayer reste un groupe underground, ne vivant en aucun cas de sa musique, et souffrant du black-out total des médias US, outrés par tant d'incorrection! Les fans, eux, exultent: tant de rage et de blasphème dans un seul album, tellement de cheveux blancs supplémentaires pour leurs parents effrayés par les mêmes choses ! Le rêve !

Slayer L'âge classique : une reconnaissante méritée pour les "thrash metal gods"...

Mais nos furieux décident d'aller de l'avant et de nous surprendre : l'étape suivante est franchie grâce à la rencontre avec le producteur RICK RUBIN, qui va prendre en main le son (et le sort) de Slayer: un album est enregistré dès 1986 et le son prévoit d'être énorme, quasi-inégalé pour l'époque; dans la foulée, les Slayer pensent qu'il peut être opportun de jouer 30% plus vite les compos prévues pour 45 minutes: c'est donc sur un coup de tête que sort l'album ultime du groupe: " Reign in blood " (" Règne dans le sang "). Ils signent cette fois chez AMERICAN, qu'il ne quitteront plus. Les retombées d'une telle radicalité des paroles et de la musique ne se font pas attendre! Slayer se brûlerait les ailes en poussant trop loin les possibilités techniques du thrash, Slayer deviendrait commercial (puisque vendant des albums!) et surtout, le comble, Slayer serait en fait un groupe nazi!!! Et oui, les Quakers et autres féministes croient en découvrir la preuve à la lecture des paroles du titre " Angel Of Death " (devenu un classique depuis): Slayer ne fait effectivement pas dans la dentelle, mais reste fidèle à lui même: il y est décrit objectivement les actes de tortures sur des déportés dont s'est rendu coupable le médecin SS Joseph MENGELE à Auschwitz; associé avec les origines germaniques de Jeff HANNEMANN, la boucle est bouclée! Heureusement, JUDAS PRIEST gagne son procès et une jurisprudence tolérante s'établie envers le métal; l'Art (et la liberté d'expression...) sont tout de même protégés par la constitution des USA! Les plaintes s'accumulant contre METALLICA, SLAYER et d'autres pour incitation au meurtre ou à la débauche... échouent une par une! Comparés à METALLICA, ils défendent leur spécificité et feignent d'ignorer les " Four horsemen ", préférant miser plus " élitiste ": les hordes avinées constituant les fans de Slayer sont sans conteste moins nombreuses que celles des jouvenceaux de Metallica, mais elles sont plus fidèles et plus radicales!!! Voici l'état d'esprit qu'il faut avoir pour joindre la " slaytanic Wehrmacht " (3500 WEST OLIVE AVE. - SUITE 1550 BURBANK - CA 91505), le fan-club réputé des Slayer . Ils sont maintenant bien rattachés à la déferlante thrash US, au côtés de METALLICA, MEGADETH et ANTHRAX (les " four bigs "), et Nord-Européenne (SODOM, KREATOR, DESTRUCTION...) sans oublier SEPULTURA période Max.

Mais que vont nous pondre les Slayer après un tel joyaux? Eh bien, un album plus lent, afin de nous surprendre à nouveau! Ansi nait "South of Heaven": de l'aveu du groupe, Dave Lombardo a mis une semaine avant de réussir à régler sa batterie en studio pour jouer plus lentement!!! Un succès mitigé, à l'ombre des autres classiques; pourtant, cet album renferme comme les autres, de purs chef-d'oeuvre guerriers: "Ghosts of war", "Cleanse the souls"... sans omettre la reprise de Judas Priest "Dissident aggressor".

De la synthèse entre "Reign in blood" et "South of Heaven" nait "Seasons in the Abyss" en 1990; un grand cru que cette année là: "Painkiller" de Judas Priest, "Extreme aggressions" de Kreator, "Rust in peace" de Megadeth, "Beneath the remains" de Sepulutura... (Même si Metallica commence à se fourvoyer avec son "Black album"...). Et "Season..." n'échappe pas à la règle: cet album est probablement le plus pensé, le plus abouti, le plus technique et le plus fin de tous: une production claire et puissante, des riffs 100% excellents, des paroles qui claquent comme des balles...des titres devenus dès lors des "classiques": "Dead skin mask" (relatant le sadisme de Mr Gein, le célèbre serial killer se recouvrant le visage de la peau séchée de ses victimes), "War ensemble", ou encore le titre éponyme "Seasons...". Un clip, une tournée, un double-live ("Decade of aggression") qui sert d'étalon au style thrash, puis plus rien. Après 1992, le groupe semble entrer en hibernation, au plus grand dam des fans, toujours aussi mobilisés et plus nombreux: après une énième engueulade, le départ de Lombardo semble maintenant irréversible...

Slayer Le temps des expérimentations : décadence ou renouvellement ?

Dès lors, les sorties d'albums s'espacent et la volonté de surprendre déroute progressivement : en 1994 arrive enfin le nouveau Slayer avec "Divine intervention", qui a "digéré" le départ de Lombardo: le nouveau batteur (Paul Bostaph) en impose immédiatement avec son jeu rapide et brutal: c'est ce que le public retiendra de cet album, pourtant excellent, avec des riffs composés par King et Araya. Malheureusement, c'est un demi-échec et aucun titre n'en sera joué en live après la tournée de promotion de 1994 (au cours de laquelle Kerry a une petite fille, mais divorce peu après!)...

En 1995, une excellente vidéo, Live Intrusion , sort, ainsi qu'un mini-CD, Serenity in murder avec 4 titres live tirés de cette vidéo. Ces deux supports illustrent la tournée de promo de 1994, histoire de dire que le groupe est toujours vivant...

Slayer s'accroche et commence même à vivre de sa musique après 13 ans de carrière! Pour le fun, ils enregistrent "Undisputed attitude" en 1996: un album étonnant car composé de reprises de titres punk de groupes historiques (DK...) mais à une vitesse très supérieure! Certains morceaux ont fondus deux titres originaux! Seules 3 compositions nouvelles sont incluses. Des fans commencent à grincer des dents: tout ce temps pour un CD de reprises de 30 minutes? Sans nier l'intérêt de cet "album", il est vrai qu'on se dit que Slayer est un groupe de fainéants...
Puis c'est de nouveau l'attente insuportable...Des articles de presse étalent la réconciliation avec Sepultura, Tom ARAYA avoue son catholicisme...Mais que peut-il arriver de pire ??? De toute façon, "tout fout le camp": Megadeth fait de la soupe, Metallica aussi, Kreator, pas encore remis de la chute du Mur, expérimente à tout va, et d'autres ont déjà carrément splitté (Destruction..). En 1998, le nouvel album sort enfin: et c'est le groove et le gros son qui s'installent dans le surprenant Diabolus in Musica , avec quelques influences hardcore et une simplification technique outrancière. De plus, l'étrange logo qui avait fait leur renommée disparaît pour un plus " passe-partout ". Mais que devient SLAYER?

Le clou est enfoncé avec le très décrié God hates us all , carrément thrash/hardcore : l'imagerie est toujours aussi démoniaque et anti-chrétienne, mais la musique n'y est plus ! Un gros son, des effets chiants nous faisant perdre l'essentiel. Pourtant Kerry King avait parlé de retour aux sources ! Tant d'attente pour ça ! Désolé, mais Slayer commence à se foutre de notre gueule ! Ils semblent vraiment pollués par le trend HXC US qui envahit les ondes du moment, penseront les puristes ! Judas Priest entre d'ailleurs dans la même voie musicale... Peut-être ont-ils envie de se faire simplement plaisir, diront d'autres... En tout cas, cela sent l'effet de mode !

Puis une heureuse rumeur commence à poindre, concernant le retour de Dave Lombardo, le renégat, qui avait quitter deux fois le groupe pour sa famille (dans les années 1980, et après 1992) puis qui avait erré un peu partout (Fantomas, Grip Inc...) afin de récolter un peu plus de sous, dirons les mauvaises langues. Mais ces groupes n'étant pas à la hauteur des ambitions financières du Sieur Lombardo, le revoilà dans Slayer pour assurer les festivals d'été en Europe ! Exit donc Paul Bostaph pour la deuxième fois ! Le line-up originel, d'accord, mais pourquoi faire ? Eh bien, rejouer les anciens titres, pardi ! C'est la totalité de l'album Reign in Blood qui agrémente désormais la set-list du groupe, avec quelques autres classiques, et seulement deux titres tirés des albums récents ! Les mauvais esprits diront " encore heureux ", avec 15 000 E de cachet par dates !!! Dans un nouveau contexte de re-formation de groupes thrash cultes (Nuclear Assault, Destruction, Necrodeath, Exodus...), peut-on espérer un salutaire et sincère retour aux sources des thrash metal gods ?
En attendant, SLAYER sort fin 2003, un imposant box comportant quelques objets collectors, 4CD et un DVD, essentiellement des titres live, aux côtés de quelques remix et inédits en Europe.
Puis Christ Illusion sort le 06/06/06, histoire de faire jaser une fois de plus les ligues puritaines ; musicalement, ce mix de hardocre et de thrash a probablement pour objectif de conquérir la nouvelle génération de kids, mais me laisse de marbre. World Painted Blood , de 2009, est plus direct (comprendre plus thrashy) mais nous sommes encore loin des classiques des années 1980.

Slayer SLAYER mort à 30 ans ?

En 2011, nous apprenons que Jeff Hanneman, compositeur essentiel du groupe, cumule les soucis de santé : une maladie de peau due à une morsure d' "araignée cannibale" d'Australie, et une hépatite au foie, due à sa consommation excessive d'alcool. Alors qu'il suivait des traitements et semblait aller mieux et travallait sur de nouveaux titres, la mort l'emporte le 2 mai 2013 à l'âge de 49 ans dans un hôpital californien. Le groupe lui rend un superbe hommage avec d'autres thrasheurs célèbres, sa veuve, et des milliers de fans durant la cérémonie des Golden Gods Awards de 2013. Jeff est remplacé dès 2011 par Gary Holt (EXODUS), et les dates de l'été 2013 sont maintenues. Mais d'après un communiqué de Tm Araya, l'avenir du groupe est fortement compromis.

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Discographie :

Show No Mercy, 1983
Live undead (mini-CD), 1984
Hell Awaits, 1985
Reign in blood, 1986
South of Heaven, 1988
Seasons in the Abyss, 1990
Decade of Aggression (double live), 1992
Divine Intervention, 1994
Live Intrusion (vidéo), 1995
Serenity in murder (mini-CD), 1995
Undisputed Attitude, 1996
Diabolus in musica, 1998
God hate us all, 2002
Soundtrak to the apocalypse (box 4 CD/1 DVD), 2003
Christ Illusion, 2006
World Painted Blood, 2009

Autocratôr 2003/2013