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Abhor : Ritualia Stramonium

Moribund Records, 2015

Black metal, Italie

Album CD

Longtemps sous-estimé, rabaissé à de vulgaires séries B, le cinéma de genre italien et horrifique en particulier ne cesse au contraire depuis ces dernières années d'être loué et (re)considéré à sa juste valeur. Si les groupes transalpins, de progressifs notamment tel que Antonius Rex, par ailleurs biberonné aux Fumeti, n'ont pas attendu cette redécouverte pour s'inspirer des maîtres Mario Bava et autre Riccardo Freda, on ne compte plus désormais ceux qui puise leur inspiration dans ce baquet tant sonore que visuel au fort pouvoir d'évocation.

Abhor en constitue un bon exemple, dinosaure italien de l'art noir qui sait  conjuguer mieux que beaucoup d'autres le genre à cet humus gothique d'une sinistre flamboyance. Claviers brumeux, ambiances de cimetières hantés tapissent son black metal plus ténébreux qu'agressif qui a malheureusement toujours peiné à s'extraire du caveau du bis. En allant jusqu'au bout de son concept avec ce Rituale Stramonium qui encore une fois se sera fait désiré, surgissant quatre ans après Ab Luna Lucenti, Ab Noctua Protecti, cinquième offrande de bonne mémoire, le groupe semble enfin avoir réussi à élever son art vers des sommets dont on ne le croyait peut-être pas capable.

Comme pour annoncer la couleur, entre rouge sang et noir cryptique, Between Flames And Moon pompe allègrement le mythique Profondo Rosso que Goblin a composé pour le chef-d'oeuvre de Dario Argento, Les frissons de l'angoisse. La pochette, comme tirée d'un vieux film d'horreur, participe également de ce décor suintant l'occultisme de pellicules gothiques. Cette influence n'est pas seulement distillée tout du long de cet album, elle l'imprègne jusque dans les profondeurs de ses sépulcrales artères. Plus que jamais, l'orgue sentencieux (Requiem For Errans Infernorum), pinceau d'une liturgie incantatoire, mène la danse, drapant toutes les compositions d'un suaire lugubre, au point d'étouffer des guitares reléguées au rang d'utilités, quand bien même les Italiens n'oublient pas de sortir les lames de rasoir pour taillader dans la peau, ce qu'illustre notamment Wine Of Sabbath.

Ce faisant, ils accouchent de leur meilleur opus à ce jour. Le plus envoûtant surtout, véritable bande-son d'un rituel qui voit une vierge être sacrifiée sur un autel qu'entourent des silhouettes encapuchonnées. Tout y est, les atmosphères, les complaintes lancinantes, les hurlements de créatures féroces...Frissons garantis.

Childeric Thor - 7.5/10