Auto production, 2025
Black Metal, France
Demo
Enregistré en fin d’année 2025, cette première démo d’Anagneia offre un son ambiant froid et mystique, presque vampirique. Les textes en français s’engagent dans une poésie nostalgique. Huilé de mélancolie, cette première offrande qualifie les sons qui sortiraient d’un tableau ou encore d’un recueil de poèmes. Le tout est inspiré par la deuxième vague scandinave.
Nyctarath parvient à allier efficacité et tradition. Bien ancré dans son domaine, le multi-instrumentiste inclut des nappes de synthétiseurs funestes, laissant présager une forte influence du côté de Burzum. Ces nappes de synthé nous enveloppent dans une ambiance mystique et ténébreuse.La batterie programmée ne fait pas trembler les compositions et n’affaiblit en rien la force d’écriture que l’on sait franche, passionnée et à cœur d’œuvre. S’il on veut chercher un horizon vocal dont se rapproche à mon sens l’artiste, je dirait qu’on se situe entre la rugosité du chant de Fenriz et le guttural d’Abbath (pour éclaircir le champ d’écoute). De nombreuses écoutes m’auront permises de toujours mieux apprécier cette œuvre.
Ce premier jet est authentique, limpide et raw, granuleux et destiné à de plus amples projets. Le premier titre "Car il n’est qu’un maudit" est un texte tiré du poème "Le Champ de Bataille" de Théophile Gautier, poète et romancier français. Romantique et esthète, l’écrivain aura su émouvoir Nyctarath par ses vers colorés de nature et de triste solitude. Le titre "Akelarre" est aussi un bon exemple d’entrée en matière, chant ritualiste de sorcières en transe, accompagné toujours de ce flot atmosphérique synthétique et de tremolos de guitare. Larmoyant et profond, le chant touche par une rythmique ralentie et agonisante. Ici, les paroles retranscrivent sensiblement l’ambiance générée par l’instrumentalisation, le jeu des deux forme un assemblage parfait quant au propos cultuel, incantatoire voire magique.
La brume illustrée sur la pochette couvre la totalité des compositions, comme un nuage sombre planant sur cette galette aux teintes morne et grisâtre. Dépressif pour certains, mélancolique voire nostalgique pour d’autres, Anagneia nous verse un torrent de mélodies fantasmagoriques, épiques, intemporelles. Le son raw est enjolivé de riffs sur-saturés dignes des formations majeures norvégiennes. La batterie semble d’ailleurs étouffée tellement la saturation monte au créneau. Créateur à part entière, Nyctarath a réalisé la pochette ainsi que le premier logo (un autre serait à venir pour le prochain EP).
Nyctarath me confiera dans l’interview qui suit que « l’émerveillement devant le Sublime est vraiment (son) but ». Et c’est en cela que la beauté au naturel se distingue au travers des mots et des notes qu’ Anagneia nous transmet. Une ode à la rêverie qui multiplie la grâce et la brutalité stridente de tout ce qui forge le black metal.