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Borgne : Royaume Des Ombres

BORGNE - Royaume Des Ombres

Sepulchral Productions, 2012

Black metal martial, Suisse

Album CD

On s'en rend mieux compte aujourd'hui, Entraves de l'âme se révèle, malgré ou à cause, de ses (relatives) imperfections, un album charnière dans la carrière de Borgne, trait d'union entre un passé encore fortement marqué par le black metal mécanique de son compatriote Darkspace et une direction artistique plus dépressive encore, possible et indirecte influence du label Sepulchral Productions que le Suisse a rejoint depuis IV (2009). Le choix de rompre avec la numérotation en guise de nom d'album, le recours à un visuel qui, bien que toujours dominé par des teintes noires et grises, se rapproche davantage de ceux couramment utilisés dans l'art noir suicidaire et la présence de deux invités de marque (Malefic de Xashur et C.Z. de Vinterriket) témoignaient alors de cette évolution.

En cela, Royaume des ombres présente avec son aîné une filiation naturelle puisque que la charte graphique est identique. Mais, redevenu le monstre du seul Bornylake, quand bien même il serait très exagéré d'affirmer qu'Entraves de l'âme fut l'œuvre d'un vrai groupe, Borgne a depuis digéré l'orientation entamée il y a deux ans pour accoucher peut-être de sa créature la plus terrifiante. La plus belle également et donc la plus réussie au bout du compte car elle incarne l'idéale synthèse entre la puissance organique des premiers méfaits et la noirceur sépulcrale à l'œuvre depuis trois ans.

Toujours propulsé par cette force obscure et robotique, le black metal du Suisse abouti désormais à un alliage assez unique, à la fois hypnotique et monstrueux. Surtout, Borgne démontre qu'il n'est pas inféodé à son propre style. Il continue de travailler, de façonner son art. Le lugubre In The Realm Of The Living I'm Dead est irrigué par des riffs grésillants quasi burzumiens, tandis que Suffer As I paid My Grave puis All Theses Screams Through Me voient des chœurs opératiques (pour le premier) et des nappes orchestrales (pour le second) enkyster leur carapace. De là à dire que Borgne a mis de l'huile dans son fluide désormais plus ténébreux que malsain, il y a un pas que nous ne franchirons pas tout à fait. Alors, certes, le Suisse n'a sans doute jamais sonné aussi atmosphérique (The Last Thing You Will See, drainant des rushs de guitares qui, bien que polluées ne sont pas dénuées de beauté), mais outre le fait qu'un titre tel que Only The Dead Can Be Heard, pour n'en citer qu'un seul, déroule ces rouleaux terrassants auquel le projet nous a toujours habitué, ces pulsations restent écrasées par une sinistre chape de plomb.

Avec Royaume des ombres , Borgne poursuit sa mue vers une plastique plus funéraire que les machines et batterie programmée contribuent à rendre encore plus glaciale. Du, Borgne a perdu en brutalité ce qu'il a gagné en beauté grâce à cette combinaison entre puissance robotique et aplats funèbres.

Childéric Thor - 7.5/10