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LIFE'S DECAY : Art Decay Extremism

LIFE'S DECAY - Art Decay Extremism

Abstraktsens Productions, 2004

Black metal totalitaire, France

CD

Life's Decay est l'un de ces groupes qui ont su trouver un créneau. Se voulant "néo-classique" (entendez martial-indus avec des instruments réels, comme le violon ou la trompette), il est formé par Lyktwasst, musicien multi-instrumentiste, et Alea, chanteuse à voix de poupée. La musique aujourd'hui produite par Life's Decay lorgne surtout vers un XIXème siècle revu à la sauce gothisante (cf. chronique de leur dernier album, Erklaasera). Cette ambiance plaît aux gothiques puisque c'est chez eux que LD a fait son petit succès.
Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Life's Decay existe depuis 2003, or Alea n'est arrivée qu'en 2005. Entre-temps, Lyktwasst était tout seul aux commandes de la formation et il a sorti un album qui n'avait rien à voir avec ce qu'il a fait après. En effet, Art Decay Extremism est composé de treize titres black-doom, avec de grosses guitares et une voix bien crade. Lyktwasst y revendique, dans le livret, des "paroles et idées extrémistes". Curieuses racines pour un futur groupe gothique, mais bon, il y a déjà quelques petites choses qu'on retrouvera plus tard.

Un livret soigné, par exemple. C'est une constante chez Life's Decay qu'on y trouve un joli packaging, avec, ici, des photos en noir et blanc prises dans divers endroits abandonnés. Parmi elles, un mur couvert d'affiches L's D première mouture... Du trve metal totalitaire militant !
La première écoute donne une sensation assez particulières puisque dès les premiers riffs, on est immédiatement plombé par une lourdeur abyssale. Beuglement gras, B.A.R. martiale, riffs lourdingues et parfois hasardeux... Chaque titre donne l'image d'un bloc de béton qui coule dans les enceintes. Imaginez un parpaing mis en musique : vous avez un titre d'ADE. Me raccrochant aux sons carrés de "Omnes Vulterant Ultima Necat", aux breaks black de "Mental Extermination" ou à la voix claire d'"Instruction", j'ai patiemment surnagé jusqu'à la fin de l'album. C'est le dernier titre, "Noise's abstract beauty", qui m'a tué. Sept minutes à écouter un train rouler... Laissé baba par toute cette lourdeur, je suis resté plus d'une heure sans écouter de musique, histoire de reposer mes pauvres oreilles.
Là, j'aurais pu ranger ADE dans un tiroir et ne plus l'en sortir. Mais il y avait quelque chose de particulier dans cet album, des petites choses qui m'avaient plues, des bonnes choses parmi le poids oppressant de l'appareil totalitaire (qui est, au moins, bien exprimé). Et j'ai découvert que, passé la première écoute, on rentre facilement dans l'univers d'ADE. On y découvre des nuances particulières : le violon dans "Désespoir suicidaire", couinant sur la guitare, les claviers de "Renaissance", si simples, avec des lignes de basse qui roulent en arrière-plan, les samples et les breaks dispersés un peu partout, continuant à rouler entre deux riffs lourds... On finit même par apprécier "Noise's abstract beauty" et son train à l'ancienne.
Mais qui dit "train", "extrémisme" et "fascisme" (comme dans l'avant-dernier titre, "Art Fascism"), renvoie automatiquement aux zeures-les-plus-sombres. Cet album serait donc nazi ? C'est vrai qu'il y a un paquet de références au totalitarisme. Mais je pense qu'il s'agit plutôt, ici, d'un totalitarisme fantasmé, né de quelques endroits abandonnés et d'un esprit sombre rêvant d'étendre son emprise sur autrui. En se revendiquant extrémiste, Lyktwasst serait plutôt dans un punkisme de luxe, l'exact contraire de la bien-pensance peace and love, comme si ADE était l'expression d'une crise d'adolescence chez quelqu'un qui aurait été élevé par des hippies. Malheureusement, Lyktwasst n'assume pas ses références puisqu'il écrit "Art Fa*****" sur son site (au lieu de "Art Fascism"). Après tout, il faut bien ça pour avoir du succès chez les gothiques, puisque ceux-là n'ont jamais rompu avec la bien-pensance de leur milieu de fils à papa...

Si vous êtes blasé par le BM, et que vous avez l'impression d'entendre toujours la même musique, Art Decay Extremism constitue un intéressant crossover qui mettra votre goût à l'épreuve. Sombre, violent, cru et même parfois langoureux : enfin quelque chose qui ne se laisse pas digérer comme n'importe quel produit de consommation !
Dommage que L's D soit devenu, depuis, si matérialiste : Lyktwasst a en effet cru bon de faire represser la première démo du groupe, qui contient trois titres d'ADE avec un packaging plus vieux... Non, les titres n'ont pas été ré-enregistrés, ce sont exactement les mêmes. Seul le packaging change. Il s'agit, paraît-il, d'un retour aux racines. A défaut d'inspiration pour les arroser ?

6.5/10

Geodaxia - 6.5/10