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LIFE'S DECAY : Erklaasera

LIFE'S DECAY - Erklaasera

Abstraktsens Productions, 2008

Indus néo-classique, France

CD

Même chez les métalleux les plus hostiles aux froufrous, aux robes à 200 euros, à l'electro-dark et autres produits culturels du gothisme, on connaît désormais Life's Decay. Ou du moins, on en a entendu parler. Au rythme d'un album par an depuis cinq ans, ce combo atypique - un musicien multi-instrumentiste, Lyktwasst, et une chanteuse, Alea - s'est fait connaître au travers de nombreuses compilations orientées indus. Que fait un groupe pareil dans nos pages ? Simple : il y a cinq ans, Life's Decay était un projet de BM indus solo. Puis, il a pris un tournant à 180° pour jouer une musique oscillant entre martial-indus et néo-classique, avec des percussions bien mises en avant et des instruments acoustiques par-dessus. A la sortie de son dernier album, 'Erklaasera', le groupe a été l'occasion de plusieurs polémiques sur le web, certains lui reprochant de faire une musique ennuyeuse et répétitive tandis que d'autres le portaient aux nues. Chose amusante, il semble que des règlements de compte se soient greffés dessus, certains s'étant même amusés à balancer le vrai nom de Lyktwasst (ça vole haut !) sur la toile. A croire que les gothiques, en bons lecteurs de Dark-Closer et de Evil-France-Dimanche, aiment les ragots entre deux séances de frime aux Caves... Maintenant que ces mini-disputes se sont calmées, et que les goth-rédacteurs sont retournés à leurs dark-smirnoffs, on va pouvoir chroniquer tranquillement.

L'album de 2007, 'Szilentzia', marquait une évolution par rapport aux deux précédents : on y trouvait plus d'instruments acoustiques (trompette, violon, accordéon...) qu'avant, ainsi qu'un mix mieux réalisé. Avec 'Erklaasera', LD saute le pas et nous donne un album entièrement acoustique. La différence s'entend. Les parties piano, notamment, prennent un véritable écho qu'on n'entendait pas sur de simples claviers. Plus de programmation non plus, les percussions sont réelles, ce qui les rend moins répétitives quoique toujours assez minimalistes.
Pourvus de noms bizarres - ça, au moins, ça n'a pas changé ! - les titres se succèdent et nous bercent. Lyktwasst disait que le mix de cet album était meilleur que celui des précédents : en effet, c'est le cas, on sent que le résultat est lisse et sans fausse note. Des instrumentaux nous surprennent un peu, ici et là : un accordéon sur "Eisenval", un gong sur "Efleura", du clocheton au début de "Rokterdam"... On a l'impression d'être dans un jardin, à écouter les récitations d'une poétesse amateur du XIXème siècle dans son cercle d'amis, ou dans un bar du Paris de la belle époque. Niveau retro-luxury, c'est tout à fait ça. Un peu trop, d'ailleurs.
En effet, cet album a perdu toute l'agressivité et la légère poigne de son prédécesseur. Certes, c'est de l'acoustique, mais Beethoven n'avait pas besoin de guitare saturée ou de boum-boum pour faire sursauter les auditeurs de sa neuvième symphonie... Il en résulte que "Erklaasera" donne quelque chose d'assez plat, qui se laisse écouter tranquillement les premières fois et devient ennuyeux par la suite. Sans doute est-ce dû aux percussions, dont les petits bruits ressemblent à des craquements mis sur tambour, ou à la voix d'Alea avec ses chuchotements impromptus, plus agaçants qu'autre chose. Pourtant, l'inspiration retro-luxury est plus présente que jamais, à mi-chemin entre les musiciens jouant dans les rallyes (en général basse-piano-batterie) et les machins éclectiques qui font fureur dans le milieu indus. "Erklaasera" est à la musique raffinée du XIXème ce qu'est la maquette de l'opéra Garnier par rapport à l'opéra lui-même : quelque chose de minutieux mais de petit.
Dommage, car cet album est loin d'être mauvais. Les parties piano du titre "Exaissance" sont très belles, accompagnées par une percussion qui retrouve quelques gouttes de puissance. Quant à Alea, c'est étrange, mais si sa voix est mieux intégrée au mix que jamais, elle a perdu la sublime froideur qui l'animait sur "Anleva" (l'album Life's Decay de 2005) pour faire office de voix de poupée.
Niveau packaging, rien à redire, c'est sobre et bien fait. Un peu trop bien fait, ça aussi : il ne suffit pas de sortir des emballages lisses, un mixage lisse et quinze instruments différents pour faire un bon album. Aucun matérialisme ne donnera ses ailes à la musique, et il semble que LD l'ait oublié depuis un temps.

Geodaxia - 6/10