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Monolithe : Nebula Septem

Les Acteurs de l'Ombre Productions, 2018

Funeral doom / progressif, France

Digipack / vinyle 12"

Place aux nébuleuses et aux trous noirs, Monolithe est dans la place !

Ce groupe français, qui a commencé dans le funeral doom metal, a bien évolué depuis sa formation en 2001. Et c’est en 2018 qu’ils nous livrent leur 7ème offrande, Nebula Septem, sortit chez Les Acteurs de l’Ombre Productions. 17 années d’existence donc au sein de la scène française. Suffisamment de temps pour se faire une renommée, mais aussi pour acquérir en maturité dans ses compositions, et même si déjà avec leurs premiers albums le travail de composition était intéressant, je pense notamment aux 4 premiers opus, composés chacun d’un seul morceau, leurs concepts ont gagnés en complexité avec le temps.

Nebula Septem ne déroge pas à la règle puisque cet album est basé sur le chiffre 7. Des 7 merveilles du monde aux 7 péchés capitaux, le 7 a une place importante dans notre culture et on le retrouve un peu partout. Nebula Septem est composé donc de 7 morceaux, chacun d’une durée de 7 minutes avec des noms évoquant les 7 notes de la notation musicale anglo-saxonne. Le concept déjà bien poussé montre un grand travail géométrique de la part du groupe. Robert Høyem a d’ailleurs su capter cette géométrie pour réaliser cet artwork qui dans le fond résume parfaitement la musique du groupe : à savoir une musique résultant d’un travail d’araignée tisseuse de toile, le tout dans des tons mornes.

Et l’album commence avec Anechoic Aberration. Dès le départ le groupe nous plonge dans ce qui fera le corps de l’œuvre : des grandes nappes de claviers retentissent, presque envoûtantes, et en contradiction avec l’émerveillement devant l’infiniment grand les riffs lacérés viennent nous plonger sur terre, inculquant une forme de méfiance vis-à-vis d’un cosmos pas très rassurant. On retrouvera cette dualité presque tout du long, sur le morceau suivant Burst in the Event Horizon par exemple.

Mais même si cette ligne de conduite semble omniprésente à vue d’œil, il suffit de tendre l’oreille pour comprendre certaines nuances. Ainsi l’inquiétude peut être totale comme sur Coil Shaped Volution où là, que ce soit dans le riffing ou dans les ambiances au clavier, on est pris à la gorge comme subjugués par des forces lovecraftiennes, le tout appuyé par quelques passages de batterie à la double pédale bien violente, qui détonnent avec le martèlement lourd sur les autres morceaux.

Anechoic Aberration possède ses touches de légèreté avec un ajout de chant clair rappelant fortement un Monotony Fields de Shape of Despair. Le chant d’ailleurs se veut très travaillé, le growl de Sébastien Pierre (invité sur tous les morceaux, excepté Delta Scuti) se veut d’une profondeur rappelant celui de Mikael Åkerfeldt sur un Bloodbath noir. Mais on retrouve également quelques lignes de chant black pour apporter un peu de diversité et d’expérimentation dans l’album, comme sur Engineering the Rip, qui possède d’ailleurs des parties au chant très travaillées avec un jeu stéréo et des doublements de voix des plus remarquables ! Ce morceau d’ailleurs bénéficie d’un côté metal progressif plus marqué que les autres, bien que les structures musicales de l’ensemble soient toutes orientées dans ce domaine…

Et ce n’est pas tout ! Ce qu’on peut constater sur cet opus c’est que Monolithe a souhaité expérimenter, repousser ses propres limites musicales. Ainsi on pourra retrouver sur Anechoic Aberration quelques touches de clavier rappelant un Arcturus bien déjanté, ce qu’on retrouvera par la suite sur Engineering the Rip dans l’introduction aux sonorités plus électroniques, et même dans la première partie du morceau concluant l’opus : Gravity Flood. Sur ce dernier d’ailleurs on a clairement un penchant vers la musique électronique qui se confirme. Bien que ce côté ait pu s’entendre avec Delta Scuti, là avec Gravity Flood on pourrait presque penser à un Oxygene de Jean-Michel Jarre modernisé : la musique électronique est orientée sur l’ambiance et les mélodies, avec une approche plus expérimentale que mimétique. Quelques touches de clavier à la The Lost Sun sont également présentes sur cet outro qui se conclu sur des solos de guitare majestueux, apportant une forme de sérénité et d’extase après la noirceur et l’émerveillement suscitées par les morceaux de l’album un peu hors du temps.

Monolithe avec cet album aspire à nous suspendre dans le vide. Outre l’aspect musical se pose vraiment une dimension transcendante vis-à-vis du cosmos et après plusieurs écoutes nocturnes à regarder le ciel on ne peut que comprendre les émotions d’émerveillement et d’inquiétude transmises dans la musique ! Un album à écouter tout autant qu’un Midnight Odyssey ou un Darkspace lors de vos insomnies d’été…

Vlad - 7/10