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Nornes : Thou Has Done Nothing

Sleeping Church Records, 2025

Doom Metal, France

Album CD

Ce n’est qu’un détail mais, en dépit de ses huit années d’existence, Nornes n’avait pas encore enfanté un véritable album longue durée, "Vanity" et "Threads" n’étant « que » des EP, qui tutoyaient la demi-heure néanmoins. Ce qui n’a pas empêché les Nordistes de graver déjà leur nom dans le marbre du doom, français mais pas seulement.

Grâce à ces deux premiers essais, nous savons surtout à quoi nous attendre au moment de plonger corps et âmes dans ce "Thou Hast Done Nothing", guetté comme un saint Graal doloriste. Le doom est une question de foi, d’allégeance à un credo recité avec dévotion et application, où chaque prêtre s’inscrit dans une tradition séculaire. Quelque part entre l’école britannique (Cathedral) pour cette affliction plombée et la chapelle allemande et néerlandaise (Marche Funebre), notamment pour le recours à un chant clair qui, par sa pureté émotionnelle, vient adoucir les descentes spéléologiques de la voix principale, Nornes fait donc plus que s’abîmer dans le caveau d’un doom death minéral et pétrifié en un inexorable chemin de croix duquel toute trace d’espoir est éconduite, ses maigres faisceaux de lumière servant plus à souligner une tristesse profonde qu’à permettre une échappée, une remontée à la surface.

Dressant cinq tertres qui ne descendent jamais (ou presque) en dessous de la barre des dix minutes au garrot, "Thou Hast Done Nothing" pourrait n’être qu’un bloc sévère, cloué dans une contrition déprimante, ce qu’il l’est à bien des égards (‘A Rose To The Sword’) mais des guitares parfois belles à pleurer (‘Our Love Of Absurd’) et de surprenantes velléités quasi progressives (‘Perceptions In Grey’), sans compter ce pinceau vocal lumineux déjà cité, le drapent d’un suaire déchirant de beauté, funèbre toutefois et toujours. Le fait est néanmoins que l’œuvre impressionne par son architecture moins immobile que prévu tant elle recèle des trésors d’écriture, d’ambiances, parfois presque rêveuses, et de progression qui impose de multiples va-et-vient dans son intimité obscure pour en goûter tout le suc plus dramatique que suicidaire.

D’une belle richesse de traits et d’émotion, "Thou Hast Done Nothing" se mérite. Ce faisant, fruit d’un long processus de composition et d’exécution, il couronne le travail d’un groupe émérite qui n’est plus désormais un simple disciple mais un apôtre parmi les plus habités et brillants d’une musique qui sait conjuguer tristesse pesante et poésie désespérée. 

Childeric Thor - 8/10