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Sadness : Somewhere Along Our Memory...

Distant Voices, 2016

Depressive Black Metal, Etats-Unis

Album CD

Né à Mexico en 1997 mais installé désormais dans l'Illinois, Elisa (mais Damián Antón Ojeda pour l'Etat civil) fait partie de ces musiciens dont le stakhanovisme force le respect, même si certains grincheux ne manqueront pas d'affirmer que ce black metal d'obédience (vaguement) dépressive que le jeune homme rumine, facilite de part sa nature répétitive et onanique ce genre de diarrhée créatrice. Pas faux. Mais cela n'enlève rien à l'inspiration de cette âme solitaire déjà auteur en l'espace de deux années à peine et sous la seule bannière d'un Sadness qui n'est que l'un de ses nombreux jouets, d'une palanquée d'albums, onze au total, à ce jour et sans compter toutes les miettes habituelles (démos, split, EP) dans lesquelles aiment se repaître ces artistes reclus.

Somewhere Along Our Memory... a connu un long chemin avant de débarquer dans le catalogue de Distant Voices, voyant d'abord la nuit en janvier 2016 sur la page Bandcamp du bonhomme alors uniquement disponible en téléchargement, puis édité le mois suivant en cassette par Depressive Illusions Records, avant de bénéficier de cette sortie en CD, agrémenté d'un nouvel artwork et enrichi d'une piste supplémentaire, The Way She Smiles, aboutissant à un résultat long de plus d'une heure au compteur !

Nous aurions pu craindre que cette durée généreuse quoique excessive rende difficile sinon ennuyeuse la défloration de ce menu pantagruélique, d'autant plus que les six titres seulement qui l'habitent, déroulent chacun une trame pour le moins dilatée, When The First Snow Fell... culminant même à presque 20 minutes au garrot. Il n'en est pourtant rien tant sa progression conserve une fluidité éthérée.

Seul à la barre, le maître des lieux étire un tapis plus mélancolique que véritablement suicidaire, en évitant parfois de peu de sombrer dans un maniérisme misérable lorsque des envolées shoegaze ourlent ces compositions minées par la componction (D'un ciel de nuit). Le plus souvent hurlé, le chant se met toutefois en retrait au profit d'un canevas instrumental que tricotent guitare stratosphérique et piano intimiste. L'écoute de Somewhere Along Our Memory... nous évoque de tristes rêveries, à travers la solitude de paysages désolés quoique lumineux (Kiss In October).

De fait et bien qu'il soit corseté par des regrets et des fautes qui ne peuvent être effacées, l'album ne charrie aucune négativité, irradiant au contraire la force positive de se battre, d'affronter les épreuves d'une vie bordée de malheur. Proche du Alcest contemporain, le génie visionnaire et douloureusement émotionnel de Neige en moins cependant, Sadness délivre avec cet opus la bande-son introspective d'une existence teintée d'amertume.

Childeric Thor - 6.5/10