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Svart : Förlorad

SVART - Förlorad

Frostscald Records, 2010

Funeral Black / Doom Metal, Suède

CD

Si tout un pan du black metal s'est bâti sur la notion de répétition lancinante, celui qui ramone les cavités les plus dépressives, pour autant, ce n'est pas si simple de ruminer de longues complaintes suicidaires basées sur une poignée d'accords. N'est pas BURZUM qui veut.

Mais s'il y a bien une entité qui maîtrise de cette science hypnotique c'est bien Svart, un des multiples projets qui occupent Christian Larsson de LIVSNEKAD. Mieux, avec Förlorad , le Suédois repousse encore davantage les limites en terme de sustain, de ritournelles morbides. Divisée en trois parties, cette seconde offrande forme en fait un seul et même ensemble hallucinant dans cette manière de répéter un canevas identique sur des durées portées à leur paroxysme. Par conséquent, on pourrait croire que Svart frôle constamment le je-m'en-foutisme ; c'est le danger avec ce type de black metal qui confine à la transe. Ce n'est jamais le cas et le miracle a bel et bien lieu.

Ces trois plaintes sont chacune un monument qui va encore plus loin que la précédente dans l'installation d'un climat sinistre et beau à la fois. Long de près d'un quart d'heure, la première d'entre-elle s'enfonce dans un bourbier instrumental guidé par ces accords osseux qui coulent d'une guitare grêle. Plus longue de cinq minutes, le second segment est d'une telle lenteur agonisante qu'il ne semble jamais vouloir démarrer. Le temps paraît suspendu, pendant que le solitaire tricote au-dessus d'un gouffre un modelé minimaliste qui vous engourdit peu à peu. Puis au bout de sept minutes environ, le chant surgit et le tempo s'abîme encore un peu plus dans les arcanes de la terre. Constamment passionnant, le titre est percé par des fissures mélancolique absolument magnifiques.

Mais c'est bien lors des quarante (!) minutes de la dernière partie que Förlorad culmine en un Everest de couleurs dépressives, interminable dérive qui meurt progressivement et montre à quel point le bonhomme sait dessiner les courbes d'un univers crépusculaire avec une économie de moyens admirable. Une batterie lointaine, un chant qui ne l'est pas moins et surtout ces accords répétés à l'infini suffisent à déterminer un art noir plus atmosphérique que négatif, jamais ennuyeux et beau à pleurer toujours.

On peut le dire, Förlorad est un incontestable chef-d'œuvre du genre, froid et empreint d'une tristesse absolue, témoin d'un profond sentiment d'inexorabilité.

Childeric Thor - 9/10

Svart ... Quel nom des plus communs pour un groupe nordique et qui plus est de Black/Doom Metal. Et pourtant, me voilà tombé sur un disque à proprement parler énorme et transcendant, un Förlorad absolument magistral... Des notes de guitare développant tout un univers de pénombre et de chagrins, avec une production mammouthesque – très claire, très « proche » - accompagnée d'une batterie commandée avec sensibilité... Ouarf, quelle baffe ! Moi qui n'écoute presque jamais de « Suicidal » Black Metal, je reste sur mes fesses ! Svart est la projection d'un seul homme, un suédois nommé Draug, aidé par un batteur de session. L'homme, qui a donné naissance à cette entité en 2008, a déjà à son actif un beau tableau de chasse : une démo et un premier full-length en 2008, un E.P. pour chaque année suivante, et ce Förlorad , extrait de ses entrailles et publié en mars 2010 par le Russe Frostscald Records.

Förlorad est constitué de trois pistes simplement numérotées, pour soixante-quatorze minutes (!). La première fait un quart d'heure et ne tourne que sur quelques riffs déclinés imperturbablement, soutenu de temps à autre par un rythme assez jazzy. Dessus, épisodiquement, la voix de Draug se promène, lâchant quelques bribes de-ci de-là, et nous plonge dans son univers si personnel. Et c'est ébouriffant. J'ai eu le sentiment de plonger, petit à petit, dans une nuit si obscure que l'on en devient aveugle et sourd, hypnotisé que l'on est par cette descente aux Enfers... La seconde piste dure un peu plus de vingt minutes. La basse y résonne plus et donne un ton plus macabre, d'autant que la batterie accélère légèrement la cadence... On croirait devenir fou. Le tout ensuite s'alourdit et s'épaissit encore, appuyée par la voix morbide de Draug... On est à la limite du Funeral Death/Doom. Puis tout s'arrête. On reprend son souffle. Et doucement la machine à vapeur toxique reprend sa danse macabre... PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !!! « The last track » fait quasiment quarante minutes et est une très longue procession teintée de folie, avec l'apport de « sons cuivrés » rendant le tout plus désespéré et foldingue... La batterie va également dans ce sens. Bref, comme la première piste, on s'enfonce doucement mais sûrement dans un marais gluant, sans le moindre espoir d'en sortir... Savoureux, jusqu'aux dernières notes. Mais comment résumer en quelques mots une longue phrase de quarante minutes, où tous les états sombres de l'âme humaine se déclinent avec intelligence et identité ?

En tous cas, Svart est une véritable expérience musicale et transcendante. Incontestablement, Svart ajoute là une pierre monumentale au genre dans lequel il évolue. Pour ma part, c'est à ce jour l'un des meilleurs disques écouté cette année. Accrochez-vous bien lors l'écoute de ce Förlorad . Laissez vous emporter par les flots de la Mort...

Guudrath - 10/10