SUHNOPFER

suhnopfer

Melodic black metal, France

Octobre 2010

Le nom de SÜHNOPFER circule dans l'Underground français depuis une petite dizaine d'année. Ardraos, l'âme solitaire et pensante de cette entité a déjà prouvé ses valeurs aux travers de 3 talentueuses démos ainsi qu'avec un mini-CD et un nouvel album fraichement sorti. Nouvellement recruté par la légion CHRISTICIDE et batteur session dans pas mal de groupes dont SIGILLUM DIABOLICUM, je me devais de poser quelques questions à cet humble artiste et musicien hors-pair.

1)Dark hails Ardraos ! Pour commencer, peux-tu nous faire un petit historique de SÜHNOPFER ? A quand remonte sa création ? Quelles furent tes motivations pour mettre en place un tel projet ? Est-ce une suite logique de ton ancien groupe VERATYR ?

Hail ! Cela fait une bonne dizaine d'années à présent que Sühnopfer existe. La première démo-tape de Sühnopfer date de 2000/2001, à l'époque je commençais tout juste à m'intéresser à d'autres instruments que la batterie, et je voulais tester mes capacités à composer mes propres morceaux en dehors des groupes dans lesquels j'évoluais, le tout doublé d'une envie d'exprimer une musique assez violente. J'ai par la suite sorti deux autres démo tapes en 2003 et 2004, puis le mcd l'Aube des Trépassés en 2007. Il n'y a aucun rapport avec Veratyr, dont les seules réalisations datent de 2005.

2)J'ai pu constater que tu étais assez patriotique de ta région Auvergnate. La nature est-elle une source d'inspiration et d'apaisement pour toi et SÜHNOPFER, bien que cela puisse sonner un peu "cliché" ? Quelles émotions te transmettent des monuments tel que les châteaux de Murol et de Tournoel, ou encore la sublime église d'Orcival ?

Je pense en effet qu'il est important d'être attaché à la région où l'on naît, surtout lorsqu'on y a ses ancêtres. Et quand on a la chance de se trouver au milieu d'un terroir riche en patrimoine, qu'il soit naturel, historique ou gastronomique, on se doit d'aller à sa découverte. C'est une influence qui peut m'apporter beaucoup dans l'écriture des paroles et de certains riffs.Les sensations que l'on peut ressentir dans certains lieux sont assez indescriptibles, chaque lieu a son histoire, son aspect décharné, son atmosphère parfois majestueuse et oppressante... Il m'arrive de faire des kilomètres à travers la campagne, de passer plusieurs rangées de clôtures, pour me retrouver au beau milieu d'un bois, sur les ruines d'un château qui n'est mentionné sur aucune carte et que seuls les érudits locaux connaissent... Les sensations de solitude et d'isolement y prennent tout leur sens, et c'est la contemplation qui domine. Il ne suffit pas de se rendre une fois sur un lieu pour le découvrir, il faut y retourner pour s'en imprégner... Toutes ces ruines expriment une puissance et projettent un souffle venant du passé, à nous de les conserver et d'en tirer toute l'énergie qu'elles renferment encore.

3)T'intéresses-tu également au riche passé historique de l'Auvergne ? D'ailleurs, connais-tu GERGOVIA ? Et que penses-tu de ces groupes de black metal à forte tendance politique d'extrême-droite ? Sinon aurais-tu d'autres groupes de ta région à me conseiller ?

Comme je viens de le dire, cela m'intéresse, surtout pour ce qui est des vestiges de l'époque médiévale qui foisonnent dans notre région, et plus particulièrement en Basse Auvergne et Bourbonnais. Cela dit, bien que j'utilise beaucoup d'images de monuments ou de paysages dans le visuel de mes albums, chaque morceau n'est pas un hymne à l'Auvergne... Je n'y fais que des références assez limitées. Je connais évidemment GERGOVIA, il nous est arrivé de partager quelques scènes ensemble, mais je pense que sa musique a du mal à se renouveler. Il n'y a aucune référence politique dans les textes de SÜHNOPFER (je préfère laisser cela aux groupes de RAC ou de oï), mais cela ne m'empêche pas d'adhérer à certaines valeurs, comme je l'ai dit précédemment sur les liens qui unissent la terre aux ancêtres. Je sais aussi que certains groupes de NSBM ont de très bons riffs, c'est ce que je retiens avant tout.Comme autre groupe de la région je peux te citer AORLHAC, pour qui je dois faire la batterie lors de leurs concerts, ou encore SIGILLUM DIABOLICUM.

4)Comment s'organise tes répétitions ? Arrives-tu à composer n'importe quand ou faut-il que tu sois dans un certain état d'esprit ? SÜHNOPFER en live est-il possible ? Que penses-tu et quelle est ta position par rapport à internet (fesse (de) bouc, webzines, myspace, les mails,...) ?

J'effectue surtout un travail de composition assez recherché pour SÜHNOPFER. La base des compositions est constituée des riffs de guitare, qui sont assemblés pour donner une structure au morceau. J'effectue ensuite les arrangements et harmonisations sur deux autres lignes de guitares différentes, parfois plus, lorsque j'enregistre les maquettes de mes morceaux, avec en fond une piste de batterie provisoire. L'important est d'avoir en premier lieu toutes les parties de guitares pratiquement définitives, puis le reste est travaillé avant l'enregistrement de l'album (batterie, basse, textes).La solitude est primordiale pour composer. Je dois vraiment être en mesure de ressentir si un riff, un morceau va exprimer les émotions qui me conviennent. Mon état d'esprit peut varier selon les moments, mais il est nécessaire que je puisse m'immerger totalement dans l'introspection, ou même aller dans certains lieux pour composer ou écrire.Faire du live me semble compliqué, mais peut-être pas inenvisageable. Etant donné que c'est un projet très personnel, et que je suis de plus en plus perfectionniste dans son exécution, il faudrait beaucoup de temps pour apprendre toutes les parties à d'autres musiciens et que tout tourne parfaitement. Mais pourquoi ne pas commencer par faire une reprise d'un morceau en live avec Aorlhac par exemple... Je n'ai pas internet chez moi. Cela dit, le web a de bons et de mauvais côtés, comme pour tout. J'ai créé un myspace pour SÜHNOPFER, ce qui permet à certains de découvrir ma musique. Pour les webzines qui sont légions, la plupart sont sérieux, même s'il arrive que ce soit un moyen pour n'importe qui de donner son avis sur n'importe quoi, et pas de manière très objective (ce qui existe aussi pour les zines papier). Je communique donc très peu par ce moyen.

5) Tu es également batteur dans pas mal de groupes dont CHRISTICIDE notamment. Comment arrives-tu à gérer tous ces projets en même temps ? Es-tu impliqué dans d'autres activités (zines, production,...) ?

Je travaille actuellement avec CHRISTICIDE pour les live et un nouvel album, ou encore pour les live de AORLHAC. La plupart du temps je fais simplement un travail de mémorisation des structures des morceaux, et ensuite on les travaille en répète avec le groupe. Le temps mis pour maîtriser un set dépend de la complexité des morceaux. Si les morceaux sont assez simples, il m'arrive pour certains groupes de ne les jouer que le jour du concert, c'est avant tout une question de mémoire, car dans la pratique je suis rodé. A côté de tout ça j'ai un travail à mi-temps, ce qui me permet d'être un peu plus disponible. Il faut juste savoir organiser son emploi du temps, sacrifier quelques week-end, et imposer aussi ses conditions. Mais au final le travail fourni aboutit toujours à une certaine satisfaction, que ce soit en concert ou sur un enregistrement. Je suis donc assez occupé pour pouvoir me consacrer à d'autres activités...

6) Eisiger Mond Prods, Those Opposed Recs,... Comment ces signatures ont-elles vu le jour ? N'as-tu jamais reçu de propositions de labels étrangers, ou est-ce un choix voulu de rester en France ? Je n'ai pas trouvé de productions de SÜHNOPFER en format vinyle. Affectionnes-tu ce support et as-tu prévu de les sortir en lp ?

J'ai reçu une proposition de Eisiger Mond pour la sortie de l'Aube des Trépassés en 2007. Je pense que ma démoLamentslui avait plu, et je lui ai donc envoyé la maquette des morceaux du m-CD pour confirmer notre accord. Tout s'est bien déroulé et le CD a été sorti à 500 exemplaires. Concernant T.O.R. je le connaissais déjà un peu, car il est au départ de Clermont-Ferrand. Nous avions des amis communs, et c'est également un grand fan de CHRISTICIDE. Il s'était manifesté après la sortie del'Aube des Trépasséspour savoir ce que je comptais faire pour le prochain album. Avant l'enregistrement deNos Sombres Chapelles, il était prévu que je continue sur Eisiger Mond, mais ce dernier a connu quelques soucis et a été contraint d'arrêter ses activités durant un moment. J'ai donc proposé à T.O.R de sortir l'album dont l'enregistrement était déjà bien avancé, ce qu'il a accepté avec enthousiasme. Du coup la même chose s'est produite pour mes amis de AORLHAC, ce qui fait que nous formons à présent une sorte de confrérie Auvergnate sur ce label. J'espère que T.O.R pourra promouvoir cet album à sa juste valeur, et je suis déjà pleinement satisfait de la qualité du pressage. Du coup, je n'ai depuis jamais eu vraiment besoin de démarcher d'autres labels, et je ne me souviens pas avoir eu d'autre proposition sérieuse. Il n'y a pas d'édition vinyle pour l'instant, tout simplement car l'occasion ne s'est pas présentée. Il faut trouver un label pour qui les coûts de pressage ne soient pas un problème, car ils sont très élevés pour un lp. Je ne collectionne pas les vinyles, mais avoir un de mes albums dans ce format, rien que pour la « pièce », me plairait beaucoup.

7)Comment es-tu tombé dans le black metal ? Ecoutes-tu d'autres styles et registres musicales (death, heavy, indus, rock, musique classique, electro, etc...)?

Lorsque j'ai débuté l'apprentissage du solfège à l'âge de 6 ans j'ai d'abord pratiqué l'accordéon. Ça a duré environ 7 ans, puis j'ai débuté la batterie vers mes 14/15 ans, ce qui n'est pas très précoce. J'ai joué seul très peu de temps, car j'ai rapidement suivi des cours puis intégré ma première formation avec des amis du lycée. Pour moi le métal extrême s'est imposé de lui-même, je ne me suis jamais posé la question de faire un style différent sur scène. Ce qui m'a attiré vers le black métal ce sont les sentiments exprimés à travers les mélodies, qu'ils soient froids ou épiques, mêlés à une violence que je qualifierais de noble, et qu'on ne retrouve pas dans les autres registres du métal. Mais j'écoute bien sûr aussi du death, viking, pagan, heavy ou glam pour ce qui est du métal, et également de la musique médiévale ou folklorique. Pas d'électro pour déchets humains ou de jazz pour branle-cerveau...

8)Que penses-tu de la scène black metal française ? Et internationale ? Quelles sont les tueries que tu écoutes en boucle ? Et au contraire, les daubes qui prennent la poussière ?

La scène française est à l'image de la scène internationale, ou de ce qu'on va retrouver dans chaque pays : il y a quelques groupes très bons, et des merdes infâmes. Plus généralement, aucune sortie ne m'a botté le cul ces dernières années. Il reste des albums que je ne me lasse pas d'écouter commeFar away from the sunouComing of chaosde SACRAMENTUM,Nachthymnend'ABIGOR, le premier TAAKE,Storm of the light's banede DISSECTION,Blodhemnd'ENSLAVED,Apokalipsen angelsde SORHIN et quelques autres... Pour ce qui est des daubes, tellement sortent chaque année... des trucs nuls comme PAYSAGES D'HIVER par exemple...

9)Quels sont les sujets abordés dans tes textes ? Apprécies-tu la littérature ? Aurais-tu des auteurs et des ouvrages à me recommander ? Qu'essaies-tu de faire ressentir à tes auditeurs au travers de SÜHNOPFER ?

Certains textes ont un fort aspect introspectif, commeNos sombres chapelles, qui est en fait une combinaison de symboles comme le déclin chrétien et le délabrement de l'âme, le désespoir et la résurrection, ou bienErrements d'un pestiféréqui décrit plus l'isolement et la haine. D'autres sont plus basés sur les thématiques médiévales, par exemple, le titreVous, ou la Morttraite des coutumes médiévales de l'amour courtois, avec l'utilisation de termes en vieux français qui participent à l'enrichissement des textes et de leur atmosphère.Reliques, comme son nom l'indique, traite du culte des reliques au Moyen-âge. J'ai voulu également rajouter des textes explicatifs qui ne sont pas qu'historiques, mais qui traduisent de façon cohérente les sentiments véhiculés par les textes, et qui peuvent parfois être difficiles à interpréter. En écoutant SÜHNOPFER, chacun peut être amené à ressentir différentes choses. C'est une musique que je travaille avant tout pour moi, mais si l'auditeur ressent le désespoir, la ruine, mais aussi la noblesse et la fierté, il approchera des sentiments qui ont guidé sa composition. Mes lectures sont surtout faites d'ouvrages historiques, sur le patrimoine et ses différentes approches, écrits par des érudits régionaux. Je travaille d'ailleurs actuellement avec un éditeur sur la réalisation d'un livre consacré aux ruines méconnues du Bourbonnais.

10) Je te laisse conclure à ta guise et te souhaites la meilleure des continuations avec SÜHNOPFER.Dark art for satanic elite!

N'hésitez pas à jeter une oreille attentive au nouvel album. Merci pour cette interview, et bonne continuation à la Horde Noire.

Benphegor