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DIR DESPAIRS : Tyverius

DIR DESPAIRS - Tyverius

Autoproduction, 2008

Dark indus, France

CD téléchargeable gratuitement

Dir Despairs est le side-project du leader de Momentum Mortis, Agon. Si MM est une formation dark ambient folk, aux compos patiemment enregistrées, Dir Despairs est plutôt un défouloir où elles sont faites de manière beaucoup plus spontanées, selon les envies et les inclinations de leur auteur. Cela se ressent dans 'Tyverius', qui aligne à lui seul 17 compositions de longueur plus ou moins courte (de quarante secondes à quelques minutes). 'Tyverius' n'est pas tout à fait un album metal : les grosses guitares, bien que présentes, n'ont qu'un rôle secondaire et laissent la part belle au duo synthé/B.A.R.. Résultat, une musique dure et froide, rentre-dedans.

'Tyverius' est un album-concept tournant autour des sentiments. Ce n'est pas un album goth avec un amour tragique, une histoire de chevalier ou des volantes à froufrous, mais bien plutôt un espèce de steak servi tout saignant sur la table. Le viol, l'abandon, le déchirement, tels sont les sentiments abordés ici de manière toute crue. Avec, de temps en temps, des prémonitions qui calment un peu le tout. Ou plutôt, qui devraient, mais suivent le droit fil des autres compos !
Après une intro de guitare acoustique dépouillée d'écho, on passe directement à l'essentiel : B.A.R. basique, aux rythmes binaires ou ternaires, avec quelquefois des beats techno en arrière-plan. Comme souvent chez Dir Despairs, c'est la B.A.R. qui est le plus mise en avant, martelant nos oreilles avec des rythmes technoïdes qui n'ont rien à envier à la batcave. Au-dessus d'eux se greffe un synthétiseur aux notes simples, voire simplistes, qui change à peine au fil des compos. Parfois se font entendre des surprises, telles que le chant d'Agon, mi-doom mi-chuchoté, ou des notes de violon/guitare qui sont en fait des remixs de compos Momentum Mortis.
Malgré des moyens simples, l'album lasse peu, rebute au début. Il est déroutant, désaxé. En ce sens, il correspond bien aux sentiments qu'il explore. L'amour sanglant, moderne, industriel, évoluant dans des sphères qui sont extérieures à l'amour lui-même tant il a été raffiné et mutilé tour à tour ! Ceux que la techno dégoûte absolument risquent d'avoir du mal avec 'Tyverius', plus proche d'un batcave passé à la sauce martiale que du metal indus auquel on est habitué. Le résultat d'une B.A.R. un peu trop portée sur les cymbales, à des compos simplistes aussi. Pourtant, 'Tyverius' porte une véritable atmosphère, qui se transmet à travers les hauts et les bas de chaque titre, dans les pauses au synthé, dans les parties purement B.A.R. ou dans les quelques incursions de gratte rythmique. Mises bout à bout, les compos font penser à un amour adolescent dépouillé de tout ornement consumériste, laissant seulement la place aux sentiments librement alimentés et à des rythmes qui reviennent d'eux-même dans le cerveau.
Outre les compos de Momentum Mortis, qu'il est toujours sympathique de retrouver, j'ai particulièrement apprécié le titre "Rape Song". Moins simpliste que les autres, il raconte un viol de manière quasi-hypnotique, dansante, avec un chant en growled voice qui porte son ombre sur un synthé distordu. Cette voix, on la retrouvera plus tard dans une atmosphère complètement différente, sur le titre "Sam and Lily" de Momentum Mortis. Ce titre-là sera plus classique, "sérieux", peut-être aussi plus inspiré... Mais pour l'heure, on laisse son esprit danser sur la voix du mal, personnifiée par une compo et un chant qui se laissent volontiers écouter en boucle. A elle seule, "Rape Song" rattrape les faiblesses du reste de l'album, et on enchaîne sur 'Premonium II', une techno un peu trop forte niveau mix mais qui continue dans la veine dansante, jusqu'à 'My sweet', plus carrée.

La cover illustre bien le contenu de l'album : spartiate, alignant une horloge de mots amoureux, comme une roue dont le moyeu ne tient plus que par la pression qui s'impose à lui. Si vous cherchez du grand art, jetez plutôt une oreille à Momentum Mortis, projet plus travaillé. Et quand vous en aurez marre de MM, las d'écouter encore et encore les titres qui s'y trouvent mais attirés par l'atmosphère qui s'y trouve, vous arriverez à Dir Despairs, prêts à digérer une spontanéité qui autrement serait beaucoup plus difficile à aborder ! Objet d'une intime curiosité, 'Tyverius' est à écouter un jour de pluie ou après un échec amoureux (à condition d'exclure "Rape Song" qui donnerait plutôt envie de danser) : pour peu que vos oreilles aient envie de se faire marteler, vous vous y retrouverez totalement.

Geodaxia - 6/10