La Horde Noire Webzine metal extrême depuis 2002

DRUDKH : Eternal Turn Of The Wheel

DRUDKH - Eternal Turn Of The Wheel

Season Of Mist, 2012

Atmospheric Black Metal, Ukraine

CD

La situation que connaît aujourd'hui DRUDKH, devenu en l'espace de quelques années, une véritable référence au sein du landerneau noir et atmosphérique, donnant ainsi le branle à une kyrielle de suiveurs plus ou moins inspirés, est pour le moins paradoxale. Alors que le groupe n'a sans doute jamais aussi bien joué, celui-ci peine pourtant à retrouver la réussite de ses offrandes séminales et notamment de Forgotten Legends dont on se rend compte maintenant qu'il n'est sans doute jamais parvenu à le surpasser depuis. La technique employée à ses débuts était plutôt rudimentaire mais ces albums tentaient - et réussissaient ! - avant tout à capturer des vibrations, un feeling sinistre et la beauté des forêts ukrainiennes lorsque celles-ci sont incendiées par l'automne. Avec seulement quelques notes minimalistes, Roman Saenko faisait jaillir une tristesse infinie, sentiment qui a toujours réclamé sincérité plus que virtuosité. Le constat est d'ailleurs le même, dans un genre différent, avec ANATHEMA qui suintait à ses débuts un désespoir qu'il est désormais incapable de restranscrire.

Tout cela pour dire qu'il est de bon ton, entre l'injustement méprisé Tales Of Wanderings de OLD SILVER KEY et la doublette Microcosmos / Handful Of Stars , de jeter l'oprobe sur un Saenko auquel on reproche l'effrené stakhanovisme, hyper productivité qu'on lui a pourtant toujours connu, même au temps du vénéré HATE FOREST. L'homme devrait peut-être, il est vrai, prendre plus de temps entre deux albums. C'est la première impression qui s'impose à l'écoute de Eternal Turn Of The Wheel , annoncé par les Ukrainiens eux-même comme un retour aux sources après un dernier opus aux (timides) véleités évolutives qui ne furent pas - à tort d'ailleurs - du goût de tous.

Encore une fois, l'oeuvre défile très vite, n'atteignant même pas la quarantaine de minutes, selon les habitudes du groupe. Encore une fois, celui-ci nous (re)sert un prologue instrumental "Eternal Circle" qui, égrené par une guitare squelettique, tient moins de l'accessoire que prévu. Puis déboule le long "Breath Of Cold Black Soil" où l'inamovible Thurios crache sa haine avec sa puissance coutumière. Ce qui s'impose certainement comme le meilleur titre du lot avec sa seconde partie plus lancinante et ses cassures, renoue effectivement avec le Black Metal épique vibrant de cette slavité sur laquelle s'est très tôt bâtie DRUDKH tandis que les guitares grésillantes grattant la terre ocre renvoient au sombre Blood In Our Wells . Dommage que le groupe se soit senti obligé d'y glisser quelques nappes de claviers qui ne justifiaient pas. "When Gods Leave Their Emerald Halls se nourrit du même humus rapide mais est tavelé d'une influence plus dépressive que dessinent de lointains hurlements. Un bon titre, en-deça toutefois de son prédécesseur. En tout cas, ces deux traversées épiques sont à même de rassurer la vieille garde.

A partir de "Farewell To Autumn's Sorrowful Birds", Eternal Turn Of The Wheel adopte un tempo plus lent, plus mélodiques aussi, où les couches synthétiques dominent.. Un peu trop. Malheureusement, quand bien même cette troisième piste voit son pouls s'emballer en milieu de parcours. On lui préfèrera "Night Woman Of Snow, Winds And Grey-Haired Stars" où, étonnement, les lignes de basse de Krechet gronde. Ce morceau, qui aurait pû figurer sur Handful Of Stars , témoigne que DRUDKH n'a en réalité pas vraiment renoncé à progresser, équilibre précaire entre le réveil d'un majestueux passé et une envie d'évoluer que cette neuvième offrande tente d'atteindre.

Réussira-t-elle à réconcilier les fans de la première heure des Ukrainiens regrettant une tendance soit à tourner en rond ( Estrangement , Microcosmos ) soit à s'éloigner quelque peu du terreau originel ? Rien n'est moins sûr. Eternal Turn Of The Wheel demeure certainement un bon album comme DRUDKH sait toujours en fabriquer mais la beauté séculaire et un peu austère qui nimbait autrefois Forgotten Legends semble toutefois s'être évaporée à tout jamais. Mais, faussement simple, se nichent en lui beaucoup de richesses que seules de nombreuses écoutes peuvent mettre à jour. Reste que, en dépit de ses qualités, dont le retour à une forme de haine n'est pas la moindre, on a néanmoins le sentiment d'être passé à côté d'un plus grand disque encore...

Childeric Thor - 7.5/10