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Ephel Duath : The Painter's Palette

EPHEL DUATH - The Painter's Palette

Elitist Records, 2003

Crossover hardcore/jazz, Italie

CD

Formé en 1998, Ephel Duath est une formation musicale italienne qui ne se laisse pas classer facilement. Jugez plutôt : mélanger du hardcore avec du jazz, il fallait y penser, il fallait essayer, et plus encore, il fallait y parvenir...
C'est pourtant bien ce que les gars d'ED ont fait. Après quelques galettes de post-black, ils ont pris une direction expérimentale radicalement jazzy. Avec un trompettiste (!) et un batteur plutôt habitué aux formations jazz, Ephel Duath pose les jalons d'un mélange assez étrange, sorte d'errement maladif entre SIN CITY, CHARLIE PARKER et AMESOEURS, pour ne citer que les références qui me viennent immédiatement à l'esprit.
L'étrangeté de l'album est encore soulignée par sa pochette, plutôt sobre, et les noms de ses morceaux dont chacun fait référence à une couleur. D'après le leader du groupe, David Tiso, ce serait à l'auditeur de voir en esprit les couleurs se poser sur la pochette.

Personnellement, j'aurais plutôt tendance à penser que chaque titre est suffisamment survolté pour devenir un tube de peinture, dont le contenu, écrasé par les poings féroces d'un pianiste classique qui aurait pété un plomb, s'étalerait sur la pochette.
A la première écoute, on est immédiatement perdu. Une chatte y perdrait ses petits. D'abord, quelques notes de basse jazzy, puis tout de suite une grosse guitare saturée et des cris bien hardcore, sur un rythme sautillant qui aligne des doubles ou triples croches en ribambelles, et encore un arpège jazzy, et des chants clairs, aussitôt engloutis par la guitare... Cela semble partir dans tous les sens : les breaks se fondent partout, arrivent au détour de n'importe quel riff, un saxophone hurle çà et là, la gratte disparaît et apparaît gré à gré... Et puis toujours cette batterie sautillante !
Il faut un peu de temps pour entrer dans l'univers d'Ephel Duath. Ecouter du jazz, cela aide aussi, mais ce n'est pas indispensable. Dans mon cas, dès la deuxième écoute, le rythme du batteur prenait un sens : il est structuré, technique, plus orienté swing que martèlement total. L'oreille s'habitue, et le reste se dévoile aussi. Le saxo, les arpèges, tout cela forme une harmonie complexe mais bien réelle. On se prend à attendre les changements de rythme, qui se font de moins en moins vifs au fil des titres : certains sont assez doux, presque entièrement jazz (comme Praha , dépourvu de guitare rythmique) ou entièrement hardcore, avec toutefois une batterie toujours swinguante et une basse aux accords vifs et endiablés. Pris en eux-mêmes, les riffs de guitare sont assez simples : leur fonction serait plutôt de mettre en relief le reste, d'opérer une alchimie dans la totalité de la musique, au milieu de la basse et d'une trompette qui peut aussi bien racoler que se cabrer comme un cheval (notamment au premier morceau).
Une chose est sûre, Ephel Duath a beaucoup travaillé pour fournir ce résultat, et cela se sent ! La moindre note est précise, à sa place ; rien n'est laissé au hasard. C'est d'autant plus frappant que l'harmonie générale de la musique ne se dévoile qu'au fil des écoutes, et qu'on ne remarque jamais tous les détails, qui sont pourtant foisonnants.

Fans de hardcore ou de black, si vous en avez marre d'écouter toujours la même musique, ou même si vous n'êtes pas spécialement blasés, un conseil : essayez The painter's palette . Ca hurle, ça swingue, ça respire et ça vous prend à la gorge. Tout le monde ne rentrera pas forcément dedans, mais ce crossover constitue un coup de vent salvateur dans des oreilles habituées au headbang de base.
Fait singulier : après l'écoute répétée de cet album, on commence à percevoir ce que les jazzeux appellent swing dans certains morceaux purement metal et qui n'ont rien à voir (par exemple dans Et in arcadia ego de DIR DESPAIRS) avec ED. Je ne sais pas trop comment définir cette notion, mais ce n'est pas l'aspect dansant d'un FINNTROLL ou \"groovy\" (avec beaucoup de guillemets) du dernier PESTE NOIRE. Non, franchement, essayez, et de préférence en buvant du cognac, histoire d'associer alcoolisme bourrin et musique, tout en vous mettant par terre avec tact et bon goût.

Geodaxia - 9/10