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Suicidal Madness : Nous sommes déjà morts

Wolfspell Records, 2025

Black Metal, France

Album CD

A son rythme, discret et modeste, Suicidal Madness continue d’ériger un édifice qui n’appartient finalement qu’à lui, ni dépressif ni atmosphérique mais un peu les deux à la fois et tout simplement noir. Noir comme les sentiments qu’il exhale. Noir comme les abîmes qu’il se plait à fouiller, à creuser inlassablement. Noir comme cette (in)humanité qu’il contemple à la manière d’un corbeau perché sur son arbre, rieur et funeste.

"Nous sommes déjà morts" est le titre de sa nouvelle offrande, dont toute lueur de joie sinon d’espoir est absente. Evidemment. Son format est identique à celui de ses prédécesseurs : cinq longues plaintes qui se répandent au sein d’un menu serré. A nouveau, Macchabée Artworks a soigné la pochette (comme celles des albums d’Inexistence, le projet ambient / dungeon synth du guitariste Psycho) et les textes dans la langue de Molière, suintent une poésie macabre et crépusculaire. Tout cela crée un univers, une signature, que le groupe peaufine peu à peu. Il y est aidé cette fois-ci par Ludovic Tournier, ex Himinbjorg et maitre du son respecté qui a aussi bien bossé avec Nehëmah, Crystalium ou Ad Hominem. Sa contribution est déterminante, enrobant le successeur de "Par-delà le bien et le mal" d’une épaisseur organique et sinistre tout ensemble et parfaitement adaptée à un propos désespéré.

Bien qu’il erre dans un caveau mélancolique au crédo fixé depuis longtemps, Suicidal Madness a su digérer ses influences même si ‘S’en aller sans regrets’ et ‘A jamais, pour toujours’ égrènent ce feeling obsédant typique du Katatonia séminal et de tous ses héritiers (tel que Happy Days par exemple, avec lequel le groupe partage plus que quelques éléments humains). Mais il y a toujours le chant d’Alrinack, particulièrement mis en valeur sur ce nouvel album et détenteur d’un grain et d’un charisme singuliers, pinceau d’une désolation âpre et charbonneuse qui hurle dans la nuit comme si demain ne devait plus arriver. Quand il s’accouple aux mélopées de Ace Ravn (Bovary et Happy Days toujours), le résultat gronde d’une profondeur terrifiante, à l’image de ‘L’éveil’ que cisaillent les coups de griffes entêtants des guitaristes.

Malsain et Psycho tissent ainsi une toile dont chaque fil est une note de tristesse, balise lugubre perçant la brume ou arpèges squelettiques (‘Nous sommes déjà morts’).  A l’unisson d’une désespérance douloureuse, les musiciens dispensent une écriture d’orfèvre qui façonne des compositions travaillées dans leurs moindres détails et dans une lancinante progression.

Par rapport à son prédécesseur jonché de notes de piano et de violoncelle et piétinant parfois les terres d’un doom death néanmoins écorché, "Nous sommes tous morts" se referme sur un black metal plus dépouillé dont l’épure ne l’exonère donc pas d’une belle richesse de touche et de trait, inhumée sous l’amertume définitive d’un monde qui n’est même plus en sursis mais en phase terminale. 

Childeric Thor - 8/10