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Suicidal Madness

Black Metal, France

07/01/2026

Ce n'est pas pour nous parler d'Inexistence, son projet ambient / Dungeon Synth qu'on ne présente plus, que Psycho a échangé avec la Horde Noire mais au sujet de Suicidal Madness dont le nouvel album, "Nous sommes déjà morts", vient d'être publié. 

1) Salut Psycho, merci tout d’abord d’accorder une interview à La Horde Noire. Commençons par des questions « ressources humaines ». Alrinack, L. Verdammt et toi jouez au sein de Happy Days. Peux-tu revenir sur cette rencontre et la façon dont vous êtes retrouvés à rejoindre le groupe de A. Morbid ?

Salut Greg, avec plaisir. Cela remonte maintenant à fin 2022. Lorsque A. Morbid est venu s'installer en France et a fait passer une annonce sur les réseaux. Il recherchait des musiciens afin de monter un line-up live dans le but de faire des dates en Europe. Alrinack fut le premier à répondre et pris le poste de bassiste. De mon côté j'ai intégré le groupe en tant que claviériste en avril 2023, juste quelques semaines avant la toute première date du groupe qui devait avoir lieu en Belgique. Quant à L.Verdammt, il intégra le groupe en tant que batteur quelques mois après...

 

2) Votre actualité, c’est donc ce nouvel album. Vous avez confié le son à Ludovic Tournier. Pourquoi lui ? Que vous a-t-il apporté ? Y-a-t-il un disque sur lequel il apparaît (comme musicien ou producteur) qui vous a particulièrement marqué ? Un disque d’Himinbjorg peut-être ?

En effet, nous sommes très heureux d'avoir pu bénéficier de ses talents de producteur sur ce nouvel album. Son nom a toujours été associé à de très bonnes sorties et la qualité de son travail est clairement reconnue au sein de la scène. Avoir pu travailler avec lui fut très enrichissant, il a vraiment cerné à la perfection où on voulait aller avec ces nouveaux morceaux et a tout fait pour que le résultat final soit vraiment à la hauteur. N'hésitant pas à revenir plusieurs fois sur le Mastering si il le jugeait nécessaire afin d'obtenir vraiment LE son parfait. Et pour ça on lui est extrêmement reconnaissant. Les albums qui m'ont le plus marqué sont sans aucun doute les albums de Nehëmah. Qu'il a d'ailleurs remasterisé dernièrement pour le format vinyl. Himinbjorg également, et tellement d'autres... 

 

3) "Nous sommes déjà morts " est un titre extrêmement pessimiste. De quoi parlent les chansons  précisément ?

Les paroles écrites par Alrinack et le concept de l'album en général explorent le sujet de la complexité des émotions humaines, le besoin d'introspection et de fuite en avant. La pochette exprime d'ailleurs très bien les choses avec la silhouette d'une âme en souffrance errant dans ce qui semble être un futur dystopique mourant. Ce dernier a une sorte de vision prémonitoire illustrée par la vision funeste de son avenir dans le reflet de l'eau. Mais on peut également y voir une deuxième lecture. Celui du cycle de la vie où chaque fin annonce un nouveau départ, et que même les expériences les plus douloureuses, peuvent mener à une forme de renaissance personnelle. 


4) Ce titre ancre clairement le groupe au black dépressif, étiquette que vous jugez pourtant réductrice s’agissant de votre musique. N’est-ce pas un peu paradoxal ou ironique ?

Il est clair qu'aujourd'hui la musique que nous proposons n'est pas ce que l'on pourrait qualifier du DSBM pur et dur. Nous avons fait le choix d'évoluer et de ne pas rester sur nos acquis. Mais nous n'avons jamais réellement renié nos racines. Nos morceaux parlent toujours en grande partie des mêmes sujets. Nous avons seulement décidé de l'exprimer d'une manière musicale différente. Le temps où nous aurons réellement réussi à exorciser nos démons n'est pas prêt d'arriver, nous avons juste appris à vivre avec...

 

5) La pochette est due à Macchabée Artworks qui signe aussi celles d’Inexistence. Elle est bien sûr très réussie mais ne pensez vous pas que vous devriez faire appel à quelqu’un d’autre, afin de renouveler votre univers visuel et ce faisant, établir une esthétique plus personnelle ?

Très sincèrement, je ne pense pas. Matthias fait à chaque fois du très bon travail. Quel que soit le style qu'il illustre, il arrive toujours à parfaitement cerner la vision artistique du projet et à la transcender. Je ne dis pas que d'autres illustrateurs n'en seraient pas capables. Loin de moi cette idée. Mais Matthias a quelque chose de très personnel dans sa touche qui se démarque des autres oeuvres que l'on peut apercevoir et c'est ce qui m'a toujours plu et attiré chez lui. 

 

6) De même, vous restez fidèle à un format, un patron immuable, fait de cinq titres assez longs. N’aimeriez-vous pas tenter d’autres choses ?

Comme tu le soulignes, nous avons des titres assez longs et il faut savoir que l'on ne se contente jamais de compiler des morceaux comme ça au hasard en se disant que ça fera un bon album. Nous maintenons la même approche, car nous concevons les choses à chaque fois comme un concept album. Chaque titre est une pièce qui nous conduit vers un cheminement logique. Nous veillons également à bien doser le tout pour éviter toute longueur ou remplissage.

 

7) Avez-vous évolué dans votre façon de travailler ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières pour le réaliser ?

L'apport du jeu de L.Verdammt à la batterie nous a poussé à voir les choses sous un nouvel angle. Malsain et moi-même avions déjà enregistré toutes les parties de guitare de l'album avant que L.Verdammt rejoigne le groupe. Très vite le choix fut pris de laisser à ce dernier une totale liberté d'écriture et nous avons donc dû ensuite réadapter certaines de nos parties pour nous calquer au mieux sur son jeu. Je parle des guitares mais il en fut également de même concernant la basse. Ce qui a nécessité de nouvelles prises à faire. En dehors de ça, sinon, nous n'avons pas spécialement rencontré de difficultés majeures...

 

8) J’ai décelé dans l’album des influences Katatonia (du début), sur ‘A jamais, pour toujours’, notamment. Etait-ce recherché ?

Absolument pas. Ou alors de manière totalement inconsciente. Il est vrai que j'apprécie Katatonia et en particulier leurs deux premiers albums et qu'ils font partie de mes nombreuses influences mais jamais on ne cherchera à reproduire ce qu'un autre groupe a pu réaliser. Les diverses influences de chacun peuvent ressurgir sur nos morceaux mais rien n'est jamais fait de manière volontaire. Et jamais ce sera le cas.

 

 

9) Je trouve que le chant d‘Alrinack est particulèrement mis en valeur et d’une grande diversité.  Est-ce quelque chose que vous avez plus particulièrement voulu soigner ?

Alrinack, au moment d'enregistrer ses prises, traversait une période de sa vie très difficile et on peut clairement le ressentir à l'écoute de ces nouveaux morceaux où il oscille entre haine, noirceur et tourments. Il a vraiment donné le meilleur de lui-même et ce malgré les conditions dans lesquelles il se trouvait. Je ne m'étendrai pas plus sur le sujet.

 

10) Comment décrirais-tu ce nouvel album par rapport à ses prédécesseurs ?

Nous continuons à avancer dans la direction que nous avons amorcée avec le précédent album. Les envolées mélodiques et les ambiances atmosphériques prennent de plus en plus d'ampleur. Il y a parfois une atmosphère plus sombre et pesante qu'auparavant. Il est également à noter l'ajout de plus de solos et d'arrangements progressifs. Et bien sûr, cette touche mélancolique, ce « Spleen »  qui est notre marque de fabrique est toujours omniprésente.

 

11) D’une manière générale, êtes-vous satisfait de la carrière de Sucidal Madness ?

Dans l'ensemble, oui, plutôt satisfait. Malgré les hauts et les bas, nous sommes toujours présents et n'avons jamais baissé les bras. Je pense  que nous avons franchi un cap depuis "Par-delà le bien et le mal" et que nous avons fini par trouver notre voie. Le meilleur reste sans doute à venir. Tout de moins, nous l'espérons.

 

12) Y-a-t-il une question que tu voudrais que je te pose et qu’on ne te poses jamais ?

Je vais peut-être paraître chiant, mais non, pas spécialement.

Childeric Thor