MERRIMACK

MERRIMACK

Black metal, France

14/12/06

MERRIMACK est, comme chacun sait, un des multiples héraults de la mouvance orthodoxe satano, le style étant à chercher dans un black aussi extrêmiste dans la musique que dans ses idées religieuses (?). Intellectualisation ou branlette, à vous de voir chers amis.

Dr J.

1. Lord Puke : d'où vient ce nom « MERRIMACK » ? Y'a-t-il un concept lié à ce nom ?

P : Ce terme vient d'un livre de Graham Mastertoon. Il désigne un gouffre marin sans fond avalant tout personne s'aventurant à son bord. Une sorte de porte vers l'Enfer.

2. Lord Puke : la collaboration avec MORIBUND CULT semble bien se passer. Pourquoi avoir choisi un label aussi éloigné ? N'y avait-il pas en France ou même en Europe un label intéressé par ton groupe ? Un label comme NOEVDIA ne serait-il pas « approprié » ?

P : MORIBUND CULT nous ont tout simplement fait la meilleure proposition. Je pense que ça n'est pas un problème de collaborer avec un label outre-atlantique. Nous bénéficions ainsi par leur biais d'une bonne promotion là-bas, alors que nous pouvons nous concentrer à propager notre nom ici. Nous avons reçu certaines propositions de labels français ou européens, mais nous sommes aujourd'hui satisfaits à 666% de notre choix. De plus MORIBUND est un label idéologique, même si nous ne partageons pas exactement la même vision du satanisme, ils ont au moins le mérite d'être intransigeants sur les groupes qu'ils signent en terme de dévotion religieuse ou spirituelle.
Nous partons du principe que NOEVDIA est le genre de label qui contacte les groupes qui les intéressent, et non l'inverse.

3. Lord Puke : la seconde galette est associée au NECROMORBUS studio. Cela a-t-il été une opportunité pour vous d'aller enregistrer là-bas ? Est-ce un passage obligé pour obtenir une certaine crédibilité (à priori les groupe est au dessus de ces considérations...). Néanmoins le NECROMORBUS est à la mode qu'on le veuille ou non...

P : Une mode ? Combien de centaines (milliers ?) d'albums de Black Metal sont enregistrés chaque année, et combien proviennent du Necromorbus ? C'est toujours amusant de lire ça (même remarque en ce qui concerne le BM « religieux »). Pourquoi ne fait-on pas la même remarque pour le Midnight Studio à Lille ? Nous sommes allés là-bas car nous connaissions déjà Tore auparavant, et nous avions confiance en son potentiel pour enregistrer un album de qualité. Ca s'arrête là. Mettre en boîte un album là-bas n'apporte aucune crédibilité particulière. Ca ne reste qu'un studio, avec de l'équipement, et un mec derrière une console. Un autre facteur primordial est que nous voulions être isolés pour enregistrer cet album, et donc être loin de chez nous. J'ajouterai que le rapport qualité/prix du Necromorbus est aujourd'hui quasiment imbattable.

4. S.N. : on a pu lire dans votre dernière interview faite pour METALLIAN que vous sembliez respecter le fanatisme de la nébuleuse qui s'est formée autour du studio où vous avez enregistré, s'il en est. D'abord, y prenez-vous part et ensuite pouvez-vous donnez aux lecteurs quelques conseils pour appliquer ce fanatisme, j'entends idéologiquement et physiquement?

P : Je ne comprends pas le lien entre ce fanatisme dont tu parles et le studio en question. S'il est vrai que certains groupes ont enregistré là-bas, le Necromorbus ne produit pas exclusivement ce style. Tu serais surpris de voir certaines des productions issues de chez Tore. C'est beaucoup plus varié que tu ne l'imagines. Si ta question fait allusion à la dévotion spirituelle et religieuse qui à mon sens devrait être inhérente à tout groupe de BM, alors oui, nous revendiquons cette composante, sans rougir. Je n'ai aucun conseil à donner au lecteur pour « appliquer » ce « fanatisme », surtout si celui-ci ne les habite pas en premier lieu. Nous ne cherchons pas à créer une Eglise qui impliquerait une « pratique » de la Religion, cela reste avant tout idéologique. La seule chose requise est de tenter de vivre au maximum en adéquation avec nos croyances.

4bis. S.N : je constate que plus de 50% de ce que j'écoute est enregistré dans ces murs. Je me doute bien que cela ne forme pas une joyeuse fratrie mais si vous utilisez le mot religion c'est que cela peut impliquer une idéologie cohérente, voir définie, délimité. Après si c'est juste un bordel d'idées c'est clair qu'on s'en fout.

P : Personne n'a dit que c'était un bordel d'idées. On dit juste que ça n'est pas le studio qui fait le groupe.

5. Lord Puke : si on replonge dans le passé, peux-tu nous relater les évènements qui ont fait que tu t'es intéressé à ce style musical (que ce soit des individus, des groupes, des labels...) ?

P : J'y ai été introduit pas des connaissances, alors que j'écoutais du Metal au sens large du terme. Ce style m'a tout de suite accroché car il était de tout évidence le plus approprié pour exprimer ce que je ressentais. De plus, musicalement, c'était quelque chose de tout à fait « nouveau » à cette époque. Cette originalité était intéressante. Chaque nouvel album révélait quelque chose de différent.

6. Lord Puke : tu as d'ailleurs fait plus que t'intéresser à ce style puisque tu as voulu y participer en créant un groupe. Qu'est-ce qui t'as poussé à donner vie à MERRIMACK ? Quels objectifs t'étais-tu fixé au départ ? Les as-tu atteints ? Qu'est-ce qui pourrait faire que MERRIMACK s'arrête un jour ?

P : La passion qui s'est instaurée en moi à la découverte de mes premiers albums m'a poussé à créer MERRIMACK. J'avais déjà une guitare depuis quelque temps, et j'ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. Ces mêmes personnes qui m'ont fait découvrir ce style, je pense notamment à Asmodée, je premier guitariste du groupe. Le Black Metal était le parfait exutoire pour extérioriser nos démons intérieurs, et cela a été salvateur.
Je ne me suis fixé absolument aucun objectif. A cette époque, très peu de gens écoutaient ce style, la scène était microscopique, notre seule volonté était de jouer pour nous-même. Le manque d'inspiration peut être un facteur de mise en arrêt du groupe, ou la lassitude, qui sait. Il y a d'autres moyens d'exprimer ce que l'on exprime, mais aujourd'hui, ça n'est pas d'actualité. Le groupe a eu beaucoup de moments difficiles, mais rien ne l'a jamais ébranlé, au contraire, ça l'a toujours renforcé.

7. Lord Puke : que de chemin parcouru depuis Act I. Quel regard portes-tu sur ces dix ans passés au sein de l'UG ? Des faits marquants ? Des déceptions ? Des espoirs ?

P : Les choses ont radicalement changé. J'ignore si tu me questionnes au sujet de MERRIMACK ou de la scène en général. En ce qui concerne MERRIMACK, le groupe a évidemment beaucoup évolué. Tout ceci est bien décrit dans le livret deObsecrations to The Horned. J'avais 17 ans à l'époque deAct 1, j'en ai aujourd'hui 29. En ce qui concerne la scène, plus de déceptions que de choses positives se sont déroulées ces dernières années (l'arrivée d'Internet, la démocratisation et la dénaturalisation du genre, la prolifération de groupes, la médiocrité musicale, la désertion des concerts, la multiplication des labels de mauvaise qualité, le manque d'idéologie de beaucoup de groupes, l'avènement du NSBM, la quasi disparition des zines papier ... et la liste peut être beaucoup plus longue). De bonnes choses aussi de sont produites, comme la radicalisation de certains groupes/courants, l'arrivée de certains labels d'excellente qualité, l'amélioration de la production de certains albums, etc...

8. Lord Puke : le fait de créer de la musique est-il vital pour toi ? Considères-tu cette création comme une échappatoire, une alternative à ce monde dans lequel on vit ? Est-ce un besoin, une nécessité qui te permet d'être (de rester ?) une personne équilibrée ?

P : C'est avant tout une passion. Omnibulante, étouffante, mais nécessaire à mon équilibre, oui. La quasi-totalité de mon temps libre est consacrée au groupe et tout ce qui gravite autour. C'est un énorme investissement, qui permet de se concentrer sur une chose faite de toutes mains par nous-mêmes, plutôt que de rester passivement à vivre une vie médiocre et vide de sens. C'est aussi une façon de contribuer à l'édifice, de s'investir dans une Œuvre plus globale, mais même si nous ne jouions pas, nous serions tout de même des fans de ce style, en tant que simples auditeurs. Iocre et vide de sens. Faite de toutes mains par nous-mêmes.

9. Lord Puke : est-ce que tu arrives à exprimer complètement tes émotions à travers MERRIMACK ? Car il me semble que tu as un autre projet musical, ANCESTRAL FOG....

P : Terrorizt et moi jouons dans ANCESTRAL FOG. Je joue aussi dans GLORIOR BELLI, avec Dispater. Feyd joue dans VORKREIST. Je ne compose dans aucun de mes autres groupes, il serait trop difficile pour moi d'avoir à choisir si un riff est dédié à tel ou tel groupe. Mais en effet, je pense qu'il est nécessaire pour chacun d'entre nous d'avoir différents projets, afin d'évoluer et d'éviter de s'enfermer dans notre carcan. La rencontre avec d'autres musiciens est toujours enrichissante. Cela nous évite aussi la frustration de ne pas pouvoir jouer à travers Merrimack tous les « styles » que l'on affectionne.

10. S.N. : toujours en réaction à votre interview dans METALLIAN, vous sembliez dénigrer les webzines pour cause de manque de design. Justement la plupart des webzines sont graphiquement recherchés mais n'offrent aucun contenu; à l'inverse du notre, qui est relativement sobre mais très bien fourni. Pour aller plus loin, je dirais que sur le net, au niveau Black Metal, tout est basé sur le visuel, sur l'apparence et très peu sur le fond, la pensée. Pourquoi ne faites-vous pas le même constat?

P : Je peux citer des fanzines qui ont A LA FOIS le fond et la forme. Le tout meilleur est pour moi STRATANEL, par le passé il y a eu DAUTHUS ou HELLISH MASSACRE, il y a aussi OAKEN THRONE, HELLPIKE, etc... Ces zines sont le fruit d'un réel travail artistique de la part de leurs auteurs, ils maintiennent l'esprit « underground » en vie. Par définition, internet est tout sauf underground, puisqu'il est accessible à tous. Pour se procurer ces zines, il fait prendre un papier, un stylo, mettre 5 euros dans l'enveloppe, c'est autrement plus difficile que de cliquer sur un lien hypertexte. J'ai toujours été fan du côté old-school cut n'paste des zines, parfois avec des écritures manuscrites, je trouve ça nettement plus approprié que des images photoshopées, des gifs animés ridicules, et surtout, faire ces zines papiers demande un travail considérable, cela filtre la motivation. Sur internet, n'importe quel gamin peut faire un webzine et laisser tomber au bout de deux interviews. Ca n'est pas un numéro qui sort tous les 2 mois, c'est mis à jour en permanence, plus ou moins fréquemment, et cette souplesse ôte de la qualité et de l'implication à mon avis. Pour finir, je dirais que je préfère largement lire un magazine papier, tranquillement assis dans un fauteuil, que de me détruire les yeux sur un écran d'ordinateur pendant des heures.

10bis. S.N : on est bien d'accord que la merde s'expose plus facilement avec l'aide du net mais cela ne vous a pas empêché d'avoir répondu à cette interview et d'être ainsi lus par ces gamins (qui constituent une bonne partie de notre plèbe lettrée).

P : Tu déformes mes propos, je n'ai pas affirmé que ces webzines étaient destinés à publier de la "merde" plus que les zines papiers, je dis juste que dans la forme, et parfois le fonds, je les apprécie moins que les zines papiers. Maintenant, c'est pas ça qui ne va me faire répondre qu'à des zines papiers, ne serait-ce que pour la simple raison qu'il en subsiste très peu. Mais au choix, oui, la priorité ira toujours vers ces derniers.

11. S.N. : vous souhaitez faire passer un message quasi religieux, ce qui est ambitieux. Cela semble être votre but ultime mais je dois avouer qu'il m'est resté quelque peu flou. Est-ce parce qu'il l'est encore, car vous continuez d'évoluer idéologiquement ou est-ce tout simplement le fait que son accessibilité doit être limitée ( je cite un passage de vos textes : « See what you want to see, I won't reveal His Tricks. » ) ?

P : Notre message n'est ni flou, ni ambigu. Peut-être ne l'as-tu tout simplement pas saisi. Si tu lis les trente dernières interviews que l'on a faites ces dernières semaines, tu verras qu'on est assez explicites et que l'on n'hésite pas à développer nos idées, lorsque les questions posées le permettent. Maintenant, si tu ne te réfères qu'aux paroles des morceaux, en effet, elles sont assez imagées, et c'est un choix délibéré. Nous avons toujours préféré des paroles recherchées, qui permettent à l'auditeur de les interpréter, d'y réfléchir, d'essayer de percer le mystère et ouvrir son esprit à différents vagabondages, plutôt que le style « straight forward », qui ne laisse aucun équivoque mais sonne souvent puéril et maladroit. Ceci dit, il y a suffisamment de clés dans les textes de l'album pour percevoir très clairement notre position, avec un peu d'effort et de concentration, les paroles sont tout à fait accessibles et évidentes, pour les personnes qui se sentent proches de nos convictions idéologiques. Je n'ai pas écrit les textes, c'est Terrorizt qui s'en charge, mais personnellement je trouve la phrase que tu cites très forte et pleine de sens. Ca n'est pas une fuite, lis tout le morceau et tu comprendras que nous révélons énormément de choses.

11bis. S.N : ok, mes questions sont merdiques; mais j'enchaîne... C'est sûrement une question de sensibilité, un ANTAEUS ou KATHARSIS me parle peut-être plus. Mais derrière cette question incisive je voulais justement que vous développiez mais si c'est fait dans les 30 autres interviews on se démerdera.

P : Si tu relis ta question précédente, tu ne me demandes pas quelle est l'idéologie de MERRIMACK, mais tu me demandes si notre message flou à tes yeux l'est parce que nous ne sommes pas assez murs au niveau de notre philosophie, ou si c'est volontaire de notre part. Je pense avoir répondu à la question. Maintenant, si tu me demandes de développer notre idéologie, c'est tout autre chose.
Bizarrement, moi, par exemple, un ANTAEUS ne me parle pas du tout. Pas du tout d'animosité envers eux, je respecte leur oeuvre, mais je n'ai jamais vraiment su, ni lu, ni compris, quelle était la véritable idéologie du groupe. J'ai toujours trouvé les interviews très floues.
Drakh de KATHARSIS est assez clair pour sa part, et c'est aussi la raison pour laquelle j'apprécie ce groupe.

12. Lord Puke : les textes et les illustrations du dernier album sont très noirs et un rien morbides. Où puises-tu toute cette inspiration pour tout ce qui est noir ? Tes convictions ont-elles changé depuis 10 ans. Est-ce que ça te choque si je te dis que cela me fait penser à des groupes comme WATAIN ou FUNERAL MIST ?

P : Je ne peux m'exprimer au nom de Terrorizt. J'ai participé à l'élaboration du concept de l'album, et tout ce que je peux dire c'est que les influences sont multiples : l'observation du monde dans lequel nous vivons, les ouvrages philosophiques, la religion, la science, la dépression, la mort, et surtout la FOI. Je ne suis pas choqué par cette comparaison, ce sont des groupes que nous apprécions, nos visions se rejoignent très probablement sur bon nombre de domaines, même si nous n'aimons pas entendre que nous avons été « inspirés » par ces groupes, car je pense que c'est faux. Nous prêchons juste dans la même paroisse.

13. S.N. : ces derniers temps les hommages au leader de DISSECTION fusent. Que représente pour vous le suicide en générale et quelle est votre approche de cette gnose dite anti-cosmique ? Est-ce le rejet d'un monde qui se veut de plus en plus universel par l'attachement à une tradition, quelle qu'elle soit, comme ésotérique ou satanique ?

P : Je pense que le suicide a une signification qui peut être différente selon chaque personne qui va opter pour ce choix. Cela peut-être un souhait de délivrance, lorsque la vie devient insupportable, cela peut-être au contraire le souhait d'entamer une nouvelle vie et d'affronter ce qui nous attend derrière ce voile, ou bien alors le choix de sa propre mort, au moment et de la façon que l'on a décidés, plutôt que de le laisser cette décision au sort. Je trouve chacun de ces raisons louables. Certains pensent que c'est un acte de faiblesse, je trouve que c'est un acte de courage.
Le satanisme anti-cosmique est très intéressant, les thèses qu'il propose sont crédibles, bien élaborées, mais une fois encore, la foi se reçoit, on ne la cherche pas. On croit à ces théories, ou on les ignore. On ne les argumente pas. Je recommande le site du MLO pour tous ceux qui souhaitent en apprendre d'avantage.

14. S.N. : par extension avez-vous des textes à nous conseiller, des œuvres majeures ouvrant à de nouvelles perspectives ?

P : Toute la littérature philosophique traitant du Mal Absolu, les œuvres de Georges Batailles, de Donatien de Sade, les études religieuses, voire même politiques ou les sciences humaines, la plupart des écrits d'Ixaxaar, les oeuvres de Crowley, et beaucoup d'autres...

15. S.N. : la « Scène » underground, dans son sens le plus humain, concernant de plus en plus de monde, notamment à cause d'Internet, n'est pas à l'abris des phénomènes de société, si elle n'en est pas elle-même déjà un. Il semblerait que le « retour du religieux » touche la musique. Quel est votre constat sur ce supposé lien entre le Black Metal et le reste du monde? Peut-on encore être déconnecté alors qu'a priori vous êtes connectez en ce moment même ?

P : Déconnecté de quoi ? Au contraire, nous sommes très connectés au Monde. C'est bien là notre source d'inspiration. Le JT de 20h est un vrai régal pour celui qui recherche le spectacle des méfaits de l'Humanité.

16. Lord Puke : MERRIMACK a toujours été associé à ladite « Scène Parisienne ». Qu'est-ce que cette scène a de particulier ? Est-ce le fait de se serrer les coudes depuis plus de 10 ans qui rapproche ?

P : Aucune idée. C'est une dénomination qualifiant une localisation géographique. Point.

16bis. Lord Puke : Sur le dernier album figure une reprise de MASSACRA en titre supplémentaire. Peux-tu nous expliquer le choix de ce groupe et surtout de ce titre (Ultimate Antichrist) ? Pourquoi ne pas l'avoir fait figurer dans la liste des titres ?

P : Nous sommes toujours fans du Death Metal old school des années 80 / début 90, nous voulions reprendre un groupe qui n'existe plus, que nous aimions musicalement, aux paroles un minimum proches de notre idéologie, et le fait que ce groupe soit français rajoutait un facteur supplémentaire. C'est un retour à nos racines, et nous avons vraiment pris plaisir à enregistrer ce morceau, que nous jouerons dorénavant en live également. Nous trouvions que nous pouvions lui laisser sa touche old-school tout en lui donnant un son plus black, plus moderne, avec un chant approprié, ce morceau se prêtait bien à cet exercice.

17. S.N. : le Black Metal se joue live de moins en moins avec l'atmosphère de mort dont il ne doit jamais être séparé et donc de plus en plus avec des clowns grotesques (en passant merci à Internet pour nous permettre d'être en contact avec ce genre d'individu!). Mais il est un dilemme pour les tourneurs d'aujourd'hui : faire de l'argent ou en sortir ; le premier choix semble le plus courrant. En était-t-il de même lors des débuts de Merrimack ? Privilégiez vous les affiches à haute valeur émotionnelle ou celles qui se présentent à vous?

P : Nous sommes très sélectifs sur les affiches que l'on nous propose. Nous boycottons carrément certains groupes/styles, et déclinons régulièrement des offres de concert, pour n'accepter que celles qui nous paraissent homogènes et correspondant à notre vision du BM.
Lors des débuts, nous ne pouvions pas forcément nous permettre de choisir, nous étions probablement moins pointilleux, mais aujourd'hui la petite notoriété que l'on a acquise suffit à nous apporter assez de propositions pour que l'on y trouve notre compte.
L'état de la scène en matière de concerts est en effet déplorable, je pense que la non-mobilisation du public, et le prix prohibitif des salles parisiennes (par exemple) expliquent aisément ce phénomène. C'est juste dommage, car du coup beaucoup de tournées ne passent plus par chez nous. Il est très difficile d'organiser un petit concert de groupes undergrounds pour ces raisons, et en ce qui concerne les plus grosses affiches, le risque financier est très important. Je comprends la timidité des promoteurs, ils peuvent peut-être se permettre un échec, mais certainement pas deux.

18. S.N. : on peut voir des groupes indiscutablement dévoués, rien quand regardant une pochette d'album et d'autres terriblement influencés sans aucune originalité. Selon vous, d'où vient cette profusion de groupes caricaturaux, sans compter ceux qui le sont vraiment, comme la merde nommée BLACK THRONE, récemment chroniqué sur nos pages ?

P : Je ne connais pas ce groupe. Le problème vient de la prolifération des groupes, qui elle-même est dûe au fait que le Black Metal est un style techniquement facile à pratiquer, même si artistiquement il demande un talent indiscutable. Beaucoup de personnes créent des groupes de « bedroom Black Metal ». Il suffit d'un PC, ou une boîte à rythme, une guitare, et le tour est joué. L'attirance que ressentent les jeunes envers ce style hors-normes les pousse à vouloir le pratiquer. Dans la scène BM, très peu de gens se contentent de n'être que des auditeurs. Chacun veut avoir son groupe, son fanzine, son label, etc. Chacun veut être actif à sa façon, mais au final ils ne font que polluer le mouvement en le nivelant par le bas. La quantité nuit souvent à la qualité. Il devient très dur de trouver de vraiment très bons albums dans les listes de distro, car aujourd'hui, être signé sur un label, n'est plus un gage d'une certaine qualité. Ma précipitation de ces personnes qui n'ont pas encore vraiment compris ce qu'est le BM, révèle leur vraie immaturité, et le résultat est plus souvent déplorable. Le Black Metal est juste victime de son succès.

19. S.N. : que cela soit sur écran ou papier on a tendance à vous étiqueter sous des noms totalement ridicules, comme True Black Metal Religieux, en franglais s'il vous plait, ou encore Elite Religious Black Metal, dans METALLIAN cette fois-ci. Certains groupes se plaignent des étiquettes, pas vous?

P : Nous n'apprécions pas cela particulièrement. Pour nous, il y a le Black Metal, et le reste. Pas besoin de préciser quel « genre » de BM tel groupe joue, car nous considérons qu'il n'y a qu'un genre de BM. Le reste ne sont que des dérives que nous ne cautionnons pas, qui devraient avoir d'autres noms, remplaçant le terme Black Metal, mais ne venant pas s'y ajouter. « True Black Metal » (je hais ce terme), est un pléonasme, car si ça n'est pas vrai, alors c'est faux, ça n'est donc pas du BM. Car l'intégrité et la sincérité sont deux composantes qui sont essentielles à mon avis à tout style musical de ce genre.

20. S.N. : le mot de la fin et pour vous. Merci d'avoir pris de votre temps.

P : Ad Majorem Satanae Gloriam.

SN & LORD PUKE