AUBE GRISE : Mauvaise augure

Distant Voices, 2016

Black Metal, France

Album CD

Moins d'un an après avoir enfanté Feue, offrande séminale des plus prometteuses, AUBE GRISE revient déjà nous rendre visite, frappant aux carreaux de notre fenêtre contre lesquels commence à s'amasser un froid cinglant annonciateur de l'hiver, saison particulièrement propice à la défloration de ce Mauvais augure (forcément) funeste.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cette entité, le fait qu'elle se niche dans l'antre glacial de Distant Voices, qui édifie à son rythme une oeuvre très personnelle, tant dans le fond (entre DSBM et ambient) que dans la forme (éditions ultra limitées au noble packaging), devrait leur suffire à cerner sa nature désolée tant les artistes hébergés chez ce label passionné sont tous connectés les uns aux autres, musicalement toujours, humainement parfois, comme c'est le cas de AUBE GRISE dont l'unique membre, Anna M, réalise aussi les visuels de ce catalogue précieux, cependant que Thomas Bel (Mélancolie) vient hanter avec sa voix clair, ce deuxième opus, le temps de trois plaintes.

Ce recueil de huit poèmes écrits à l'encre noir du désespoir égrène donc cet art noir gris et froid comme une pierre tombale, esquissé par Feue, que déchirent des vocalises écorchées et emporté par une rythmique aussi fiévreuse que saccadée. Mais nombre de détails viennent perturber une trame moins orthodoxe qu'il n'y parait de prime abord. Le chant de la maîtresse de cérémonie, régurgitant qui plus est des textes en français, distille une espèce de fragilité sourde, presque romantique dans son expression douloureuse, pinceau maladif et crépusculaire d'un spleen qu'on devine infini (Aube vieille). Notes de piano grêles (Sur ma peau)  et arpèges squelettiques trempés dans un sol terreux et lessivé par le froid (Tes yeux brisés), drapent à la manière d'un suaire sinistre ces compositions charriant un envoûtement mortifère. Polluées et rongées par une rouille gangreneuse, les guitares ont quelque chose de râles funèbres non dénués d'une beauté détrempée (Je me laisserai faiblir). Enfin, les apparitions de l'âme de Mélancolie confèrent aux titres qui l'accueillent un feeling dark teinté d'une étrangeté fantomatiques (Rouge pâle).

Dévoilant peu à peu la richesse obscure de son intimité laquelle, erre parfois aux confins d'une Ambient funéraire, à l'image de l'instrumental 1909, d'un admirable dénuement, Mauvaise augure se hisse bien au-dessus de son devancier.

Childeric Thor - 7.5/10