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Charge 69 : Résistance électrique

CHARGE 69 - résistance électrique

Combat Rock, 2011

Streetpunk / rock, France

Album CD

1993 : Alors que le punk rock hexagonal vibre aux sons de Parabellum, des $heriff et autres Cadavres, apparaît Charge 69, qui devient vite leader de cette scène dans la région de Metz.
2011 : De l’eau a coulé sous les ponts, et l’insubmersible gang à crêtes et spikes sort Résistance électrique, son 7e album. J’avoue ne pas connaitre le détail de leur longue histoire (et ses incessants changements de line-up), mais mon gène punk/rock a immédiatement été interpellé par la pêche qui se dégage de cette galette. Là où les Ramones ont pris trop de rides, où Offspring a sombré dans la guimauve, où les Béruriers Noirs étaient trop politisés ou Gogol 1er trop lourdingue, Charge 69 a su synthétiser les qualités de chacun pour accoucher d’un excellent disque. Une intro speed/thrash bien abrasive donne de suite la couleur. Car tout au long de l’écoute de 15 titres qui sont autant de bombes à défriser les perruques de glameurs, nous ne découvrons que des riffs accrocheurs et finement ciselés, sans aucun temps mort, appuyés par une section rythmique implacable. Flirtant souvent avec le thrash metal, le guitariste Mumia assure sans se répéter. D'ailleurs, croyez-moi, ce groupe casse tout sur scène avec une set-list pareille ! Exit ici le cliché du punk manchot... Ensuite, les textes : ils se révèlent très bien écrits, très actuels même, sans jamais tomber dans l’extrémisme politique (gauchiste) récurrent dans ce style. Pourtant, la société étriquée (Qui sort des rangs...), le consumérisme (Au paradis des vendus), les conflits armés (En lambeaux) le système politico-médiatique (Sans concession), les spéculateurs (Banskter), ou encore la surpopulation (Strict minimum) et la pollution (Bientôt la fin) sont finement disséqués par le chant intelligible de Vérole. Pas besoin de drapeaux noir ou rouge ni d’excès de vulgarité pour avoir la critique radicale. Au contraire, l’apolitisme qui est la marque de fabrique du groupe depuis ses débuts donne finalement plus d’impact à des textes non sectaires : exit aussi la stérile « fuck off » attitude. D'étonnants textes introspectifs aux textes plus intimistes (Corps et âme, Rêves lacérés ou Silencio) complètent judicieusement les thématiques de ce skeud. Et enfin, le troisième point fort du groupe est l'emballage. Résistance électrique est servi par un son plein et tranchant. Un bon mixage met pour une fois la basse bien en avant. Cette puissance est d'ailleurs judicieusement illustrée par la grenade-guitare figurant sur la pochette. Fini le « do it yourself » noir & blanc cradingue pour le visuel et le son indigent - pardon « root ». Bons riffs, bon son, bons textes... Les puristes portant une épingle dans le nez depuis 1977 pourraient trouver tout cela trop propret. Mais cette démarche exigeante n'est pas sans rappeler celle des défunts $heriff, qui a permis de sortir la musique et l’esprit punk de leur ghetto dans les années 1990. Ainsi, Charge 69 est toujours debout et se positionne avec réussite dans le XXIe siècle. Les metal-heads trouveront ici matière à mettre un peu d'énergie punk dans leurs moteurs. TRY IT !

Autocratôr - 10/10