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Opeth : Watershed

OPETH - Watershed

Roadrunner records, 2007

Death metal progressif, Suède

Album CD

Watershed ou la descente aux enfers...

Qu'est-il arrivé à Michael Akerfeldt ? Un syndrome, une tumeur ? D'où vient ce véritable fléau qui veut que dès qu'un groupe de la scène underground commence à se faire connaître et apprécier par un certain nombre, le lot de déceptions concernant l'originalité et l'identité initiale du groupe commence à péricliter ?

Opeth , ce groupe résonne dans mon esprit comme la liberté absolue parmi les groupes du genre. Véritable mythe du genre death metal progressif , les suédois nous ont longtemps fait rêver avec des albums cultes tels que Orchid, avec son « Forest of October » et ses cassages de rythmes alternant distorsion et clair sans ambiguïté, ou encore Morningrise, et son style bien noir et cadré, pourvu de cette magnifique et inoubliable ballade qu'est « To bid you farewell », sans évoquer l'album de référence : BlackWater Park avec de vrais chefs d'œuvre tels que « Bleak », « Harvest », « The drapery falls », avec le style caractéristique d'un Opeth mélodique, mystérieux, imprévisible, empreint de ce génie des débuts.

Après un double opus marquant une fois encore l'épopée triomphale du groupe, à savoir les albums Deliverance et Damnation annonçant une véritable dualité, à la limite schizophrénique d' Opeth , qui délivre une atmosphère, plus que jamais, noire et déchirante, avec une technique à en couper le souffle, dans l'album Deliverance (avec l'endiablée « Deliverance » et sa fin dédiées aux amateurs de headbanging, ou encore de véritables chefs d'œuvre mélodiques marquant à tout jamais la carrière d'Opeth qui, à son apogée, nous offrit un titre donnant la chair de poule avec « A fair judgement » ponctué de solos toujours plus beaux et planants..). L'album Damnation quant à lui offre un son clean très travaillé, avec des arpèges somptueux, des solos toujours plus agréables à entendre, et une batterie qui sonne presque jazzy avec un toucher de Martin Lopez égal à lui-même, irremplaçable.

Malheureusement, 2005 signe la fin d'un rêve de fan, brise en quelque sorte les attentes toujours plus fortes du public Opethien. Après des années de règne, et un Opeth toujours connu et reconnu, on assiste à un changement de braquet avec une signature chez RoadRunner Records (label précédents : Candlelight, Music for nations), le recrutement du claviériste Per Wiberg (modifiant ainsi radicalement l'atmosphère initiale d' Opeth ) et la sortie de l'album Ghost Reveries qui, malgré quelques titres accrocheurs tels « Ghost of Perdition », « Atonement » ou pourquoi pas « Isolation Years », souligne la nouvelle orientation musicale d' Opeth , avec des riffs moins travaillés, un style plus « fantaisiste » et des voix claires parfois douteuses. D'ailleurs, en 2007, Peter Lindgren, véritable pilier du groupe, binôme indissociable de Michael Akerfeldt depuis la naissance du groupe, décide de quitter le groupe, cela va sans dire, dans un climat d'incompréhension mutuelle avec Michael, qui, au vue des critiques change progressivement d'orientation musicale. Plus doux, moins original, moins troublant, moins marquant, et surtout, beaucoup plus commercial, c'est un Opeth déchu, qui nous offre peu à peu des perspectives bien superficielles en terme de son et d'ambiance, que ce nous avions connu jusque là. Enfin , le départ du batteur Martin Lopez marque également un tournant décisif dans l'avenir du groupe, qui avait su créer la magie, en développant un style très personnel et presque jazz parfois (notamment sur le morceau « A fair judgement »). On croirait qu'avec le départ de ces deux icônes du groupe, Opeth a fini par perdre une partie de son âme à la grande déception de ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts.

Pour la suite, on assiste à la sortie d'un Watershed, définitivement commercial, avec des tonalités vocales quasi pop-rock à certains endroits. D'ailleurs, je me souviens ne pas l'avoir écouter jusqu'au bout. Ce dont je me souviens est un tragique événement : le jour où, avec un ami lui aussi vrai fan d' Opeth depuis ses débuts, nous avons eu un énorme fou rire d'une demi heure en écoutant la voix de Michael Akerfeldt sur le titre Porcelain Heart (rien que le titre...) qui chante en clair comme une fillette de 9 ans jouant à la marelle pourrait le faire. C'était vraiment déconcertant, et plus nous passions les morceaux, plus le fou rire devint inéluctable face à cette décomposition pure et simple d'un Opeth plus ringard et inintéressant que jamais. Non vraiment, avoir un fou rire d' Opeth à son écoute, le genre de fou rire moqueur incontrôlable face à la niaiserie de ce dernier album digne d'une farce, je ne pensais jamais que cela m'arriverait un jour. Et pourtant, cela arriva bel et bien, et c'est ce jour là que l'on s'est dit, « plus jamais ça, Opeth est définitivement, à l'exemple d'un Metallica grotesque, en train de tomber dans les abysses de la débilité commerciale, et est tombé pour toujours, dans notre estime ». Sans parler du clip (porcelain heart), complètement à côté de la plaque mettant en scène des acteurs très crédibles (!) dans un décor pseudo burtonien à la limite du burlesque.

Même si les nouvelles générations de fans estimeront peut-être qu' Opeth en vaut encore la peine, que les dernières prods « déchirent ! », je leur dit : ne vous enfermez pas dans les deux derniers albums, car ils ne sont que l'ombre du groupe ! Aller chercher plus loin en arrière, du temps de Black Water Park ou Deliverance ! Mais les anciens fans ne s'y tromperont pas, et le public que Michael Akerfeldt croit gagner en défigurant son œuvre, se perdra d'une autre part parmi ceux qui reconnaissent que ce dernier Watershed, aurait pu tout bonnement s'appeler « Waterchiotte ».

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