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Theatre Of Tragedy : Theatre of Tragedy

THEATRE OF TRAGEDY - Theatre of Tragedy

Massacre records, 1995

Doom/death/Goth, Norvège

Album CD

C'est définitivement en s'inspirant de la froideur du genre local que Theatre of Tragedy réussira avec son premier album à révolutionner le Death/Doom et à s'imposer comme des meneurs du style. Car si le climat froid de la Norvège inspira certainement de grands maîtres de la dépression comme Varg Vikernes, cette froideur se fait aussi très bien ressentir sur cet album. Une tristesse glaçante sur un fond romantique, voilà comment résumer en deux mots le travail de TOT. Une grande influence romantique, souvenons nous de ce cher Victor Hugo dans sa préface de Cromwell :

\"La salamandre fait ressortir l'ondine ; le gnome embellit le sylphe[...] Et il serait exact aussi de dire que le contact du difforme a donné au sublime moderne quelque chose de plus pur, de plus grand, de plus sublime enfin que le beau antique ; et cela doit être.\"

Ce grand principe instauré par Hugo et Shakespeare de mélanger le Laid et le Beau est ici appliqué à merveille par une dualité vocale que nous surnommerons celle de \"La Belle et la Bête\".
De fait les sublimes vocalises d'opera de Liv Kristine, sans doute une des plus douces qu'il m'ait été permis d'entendre, contrastent à merveille avec les grognements de Raymond Rohonyi produisant un effet complètement trippant.
Les instruments quand à eux joueront un Doom metal langoureux mais toujours avec une certaine douceur, à chaque fois épaulée par un froid piano placé un peu en arrière, à titre de renforcement émotionel. Chaque morceau possède d'ailleurs des riffs intéressant et toujours un fond quasi palpable de tristesse et de résignation. Introduit d'une manière très convaincante avec \"A Hamlet for a Slothful Vassal\", le décor est directement imposé. Un album aux morceaux variés, comme ce \"...a distance there is...\", balade au piano chantée par Liv Kristine par une nuit orageuse, ou encore ce titre clôturant l'oeuvre, \"Monotone\", qui porte bien son nom.

Cet album est donc à ne pas manquer, une véritable référence du style qui mettra tout le monde d'accord, surtout certains Evanescence(quel dommage de citer cette bouse dans la chro d'un si bel album...) ou encore Within Temptation. Ce premier album de Theatre of Tragedy nous rappellera enfin ce passage de \"La Belle et La Bête\" de Cocteau où Belle, traversant un couloir sombre sans fin, s'enfonce de plus en plus dans des ténèbres sans retour...

Jolly Jumper - 9/10