Malcuidant

France, Black metal

18/05/2016

Malcuidant a récemment offert avec Et la terre brûla... son meilleur album et un joyau de l'art noir hexagonal. Une bonne raison pour questionner celui qui en sait son âme, Ayrhomm.

 

1) Malgré une carrière démarrée il y a presque vingt ans, Malcuidant reste encore assez mal connu. Peux-tu revenir sur la naissance du groupe ? Quel était alors votre but ? Que cherchiez-vous à exprimer ? Quelles étaient vos influences ?

Malcuidant est né sur les terres de Bourgogne en 1997. Durant sa première phase, le groupe a sorti une démo en 2000 Le Malcuidant et le premier album L'hymne de la ghuilde en 2005. Le but premier était de faire de la musique pour nous, d’essayer de faire les morceaux qu’on aimerait entendre. Je voulais exprimer ma colère et mon dégoût du monde qui m’entoure à travers une musique influencée par le Black Metal Norvégien des années 1990.

2) L'hymne de la Ghuilde ne voit le jour qu'en 2005. Pourquoi avoir attendu sept ans avant de publier un premier opus ? Avez-vous rencontré beaucoup de difficultés à l'époque pour le réaliser ou pour le distribuer ?

Avant ce premier album, nous avons sorti une démo en 2000 qui n'eut aucune promo et distribution. Les seules personnes ayant la possibilité d'écouter celle-ci devaient être dans mon entourage direct. Les années passant, les histoires de vie de chacun ont finalement abouti au fait que je reste seul dans le groupe. Il fallut retrouver des musiciens (chose difficile en Bourgogne à l’époque), composer les morceaux, avoir une cohésion dans le groupe. Tout cela prit des années pour finalement aboutir à un album trop rapidement enregistré. Il annonce les prémices de l'esprit du groupe et de ce qu'il est aujourd'hui. Pour la distribution, ce fut étonnamment simple. J'ai envoyé une seule copie sur cd-r au label suédois THR (conseillé par un ami qui était en contact avec ce label) qui signa le groupe directement... et distribua à une vitesse étonnante l'album pour qu'il soit sold-out en quelques mois après sa sortie.

3) En 2011 sort une nouvelle version de Et les cieux s'assombrirent. Pour quelles raisons avez-vous décidé de le réenregistrer ? Vous n'en étiez pas satisfaits ?

L'arrivée de Waldhorn à la batterie et la signature de Malcuidant chez Apparitia / Drakkar nous poussa à réenregistrer les parties de batterie de l'album. Waldhorn a rejoint rapidement le groupe après la sortie de Et les cieux s’assombrirent et s'y investit à 100%, mettant sa maîtrise musicale au service du groupe. Ainsi le résultat du réenregistrement est bien plus intéressant que la première version avec la BAR.

4) Vous revenez aujourd'hui avec Et la terre brûla.... Peux-tu nous présenter ce nouvel album ? Que signifie son titre ?

Cet album est l'aboutissement de plusieurs années de travail acharné, de patience et de minutie, à travailler chaque détail, chaque ambiance, trouver notre propre identité dans un esprit authentique et intègre. Cet album est un ensemble d'émotions passant de la rage au désespoir, du mépris à la tristesse. Chacun devrait y apercevoir sa part d'ombre. Son titre, assez explicite, signifie la fin de notre monde décadent, l'apocalypse et l'extinction totale de la race humaine. Aucun survivant, rien que la mort.

5) Je trouve que les textes participent autant d'une poésie lugubre que d'une forme de grandeur, âpre et crépusculaire. Es-tu d'accord ?

Le terme poésie lugubre est très bien trouvé. Ces textes sont le reflet du monde du Malcuidant. Ils guident l'auditeur dans ce monde fantasmagorique où la nature règne en maître absolu. C'est aussi le choix d'écrire dans notre langue maternelle pour, en quelque sorte, défendre et soutenir notre culture et identité qui doivent être préservées.

6) On sent dans la musique, un enracinement profond dans la terre, la roche et toute une géographie froide et sauvage. On devine que la nature est votre principale source d'inspiration... Vivez-vous au milieu de celle-ci, dans un cadre propice à l'élaboration de votre art ?

Personnellement je vis en campagne, entouré de forêts, de champs et de rivières. Un coin très tranquille rappelant la Comté de Tolkien. Un lieu simple et calme loin des villes remplies de dégénérés. Concernant le groupe, la puissance et la beauté de la nature guident notre inspiration et chaque catastrophe naturelle me guide dans l'écriture de nouveaux textes et me donne des idées "lugubres".

7) Etes-vous pessimiste pour l'avenir de la terre ou croyez-vous au contraire que celle-ci prendra sa revanche face l'Homme destructeur ?

L’humanité sera rasée de cette terre, écrasée sous la fureur des éléments. Ces créatures infectes n’auront droit à aucune forme de renaissance. Est-ce vraiment une vision pessimiste, ou réaliste ? Dans tous les cas, cette vision est une réalité dans le monde du Malcuidant.

8) Vous sentez-vous proches de toute la mouvance païenne actuellement à la mode dans le black metal ? Personnellement, je trouve que Malcuidant ne partage rien avec tous ces groupes. Je vous considère davantage ancrés dans une longue tradition, celles des années 90 dont vous êtes issus d'ailleurs...

Personnellement j’apprécie cette scène dite "païenne / pagan" mais c'est vrai que pour Malcuidant nous ne recherchons pas spécialement à coller à cet esprit. Le côté traditionnel du BM est important pour nous, mais nous cherchons avant tout notre propre voie, notre propre identité sans coller à tels ou tels groupes. Nous sommes davantage dans une vision nihiliste de l'homme. Nous ne croyons en rien si ce n'est le chaos, l'obscurité et la mort. Nous ne nous inspirons que de la puissance de la nature (certains obscurantistes des religions actuelles y verraient certainement un côté païen, mais il n’en est rien).

9) Remarque banale peut-être mais je trouve que Et la terre brûla... est votre meilleure offrande à ce jour. Tout y est, les compositions, excellentes, très bien écrites, la production authentique mais puissante.

Un line-up stable avec des musiciens aguerris et passionnés cherchant à faire le maximum pour le groupe, tout en respectant l'esprit d'origine et l'intégrité propre au black metal... Voilà ce qui permet de sortir un album si puissant. Personnellement je trouve cet album d'une très grande richesse musicale. Il est avant tout un album fait pour nous et que le public y adhère ou pas m'importe peu finalement...

10) Attachés à l'underground, vous publiez cet album en CD. N'est-ce pas un choix curieux ? Une édition vinyle ou cassette en vous attire pas ?

Nous travaillons aujourd'hui avec Apparita Recordings / Drakkar Productions. Le choix du format revient plus ou moins au label et le format le plus commun est aujourd’hui le CD. Rien ne dit qu'une version LP ou K7 ne soit produite dans un futur plus ou moins proche.

11) Désormais presque vétérans de cette chapelle, que vous inspire l'évolution actuelle du black metal ?

Je ne serai pas très original, mais je suis assez nostalgique des années 90 et de l'arrivée du BM en France. Chaque groupe, d'Emperor à Satyricon en passant par Windir apportait sa part de nouveauté et d’originalité. C'est cette nostalgie qui pousse Malcuidant à créer sa propre identité, à raviver la flamme noire du chaos. Aujourd'hui nous ne sommes pas les seuls à chercher une identité propre et intègre. Les groupes faisant cet effort ont mon soutien et mon plus grand respect.

12) Malcuidant va bientôt jouer à Paris avec Neptrecus, Ende et Devilspit. Que peux-tu nous dire à propos de cette date ? Pourquoi l'avoir accepté alors que vous vous faîtes rares sur scène ? A quoi devons-nous nous attendre ?

L'association Ondes Noires nous offre ici l'occasion de partager notre fureur au public parisien, et j'espère que ce 22 mai sera une date remplie de violence et de rage comme ce fut le cas à notre dernière venue dans la capitale qui avait affiché sold-out grâce à nos compatriotes de Sale Freux. Nous sommes en recherche constante de dates "sérieuses" et si certains lecteurs organisent des dates qu'ils n'hésitent pas à me contacter par mail : malcuidant@live.fr Concernant notre set, nous jouerons des morceaux des 2 derniers albums dont certains pour la première fois en live. Vous pourrez découvrir ça en vous déplaçant ce 22 mai à Paris mais aussi le 20 mai à Lille. MALCUIDANT REGNE !


 

Childeric Thor