SETH (2005)

Black metal, France

6/01/05

Formé en 1995, SETH aura marqué la scène black metal avec leur cultissime premier albumLes blessures de l'âme(1998) à la fois puissant, rapide et mélodique. Le deuxième albumL'excellence(2000) est déjà plus brut, puis d'importants changements de line-up intervenant, le groupe évolue forcément, et aprèsDivine-xen 2002, SETH sort aujourd'hui son quatrième albumEra decay, qui suit la sortie, il y a quelques temps, à tirage limitée deNastivitysur APOKALYPSE RECORDS regroupant la demoApocalyptic desiresde 1996 et le premier mini-cd culte de 1997By fire, power shall be, qui nous prouve si on en doutait l'évolution considérable de SETH au sein de son histoire. L'occasion donc de parler à la fois de l'actualité de SETH et de son passé.

Le nouvel albumEra decaysemble confirmer SETH dans le style engagé dèsDivine-x?

Non pas confirmer mais sublimer ! Nous avons préservé les qualité deDivine xen y apportant la puissance qui lui manquait. Je suis particulièrement fier de cet album et l'accueil qui lui est réservé me conforte sur ce point.

Quelles ont été justement les réactions à la sortie deDivine-x?

Je dirais mitigées mais dans l'ensemble, il aura fallu un temps d'adaptation pour que notre public admette l'évolution aujourd'hui parachevée parEra decay.Divine-xa servi de transition et c'est à ce titre qu'il a peut être surpris.
Heimoth :Je crois queDivine-xa été perçu comme un album assez avant-gardiste, ce qui a donc sûrement crée des schismes au sein des auditeurs. Personnellement, je ne trouve pas que cet album soit aussi poussé que certains le disent, je pense simplement qu'avec du recul il manque d'unité, et s'avère peut-être trop riche. Mais, quand tu entends des albums commeGrand declaration of warde MAYHEM, tu te dis que certains musiciens peuvent se permettre de repousser les limites bien plus facilement que d'autres formations, surtout grâce a une renommée qu'on ne présente plus.

Comment définirais-tu le style de SETH aujourd'hui?

Heimoth :Difficile à dire, peut-être comme du métal extrême tout simplement. La dénomination “black metal” me parait aujourd'hui assez pénalisante pour ce que nous faisons, tandis que celle de death metal resterait de même mal-adapté.

Sur le nouvel album, on voit l'incursion d'éléments plus froids, plus "cyber-industriel"?Le split avec CULTUS SANGUINE sorti chez SEASON OF MIST il y a quelques années où vous aviez repris DEPECHE MODE et CULTUS SANGUINE (le concept même du split) vous a-t-il permis d'explorer d'autres possibilités musicales?

Qu'il s'agisse du “war” avec CULTUS ou de nos récentes évolutions, il ne s'agit pas d'explorer de nouvelles perspectives mais d'exploiter notre potentiel. Nous préférons consacrer tout notre temps à nos choix quitte à décevoir que de nous disperser en side projects qui , en définitive, seraient encore plus nuisibles au groupe lui-même.

SETH a aujourd'hui tellement évolué qu'il est difficile au premier abord de reconnaître le SETH du cultissimeLes blessures de l'âme. Comment voyez aujourd'hui le SETH deLes blessures de l'âme? SETH a peur de se répéter?

C'est une certitude mais ce n'est pas ce qui nous conduit à faire évoluer notre musique. Je dirais que celle-ci évolue au gré de notre expérience personnelle et j'espère que cette dernière ne nous conduira pas à tourner en rond.

D'ailleurs que penses-tu du nouveau projet de Arkames AD INFERNA (sorti en 2002) qui finalement sonne plus proche du vieux SETH que le nouveau ne le fait?

Sans commentaire.

SETH a une nouvelle fois changé de chanteur (le 3ème chanteur) et de label (quatre albums sur trois labels différents)...une instabilité qui semble récurrente chez SETH...cette instabilité n'a-t-elle pas nuit ou ne peut-elle pas nuire à l'avenir de SETH? Cette instabilité est d'ailleurs évidente lorsqu'on lit l'explication des différents problèmes précédent l'enregistrement deDivine-xdans le livret?

Je suis loin d'être d'accord avec toi sur ce point(NDLR: c'était une question...). Il est vrai que les aléas qui ponctuent l'existence d'un groupe sont de nature à ralentir son évolution voire parfois y mettre fin. Je trouve le terme “instabilité” un peu fort, notre situation est, en effet, tout à fait représentative de celle de tous les groupes de DIMMU BORGIR à ANTEUS pour prendre des exemples que tout oppose. La seule différence est que SETH n'étant pas un groupe à faire vivre son homme, les différents musiciens qui y sont passés ont jugé bon de faire d'autres choix. Cela est, c'est certain, de nature à nuire au groupe mais pour ce qui est des labels, nos choix ont été justifiés par le fait que nous avons souvent été déçus par nos partenaires. Par conséquent, je dirais que, de ce point de vue cela l'a pas été de nature à nous nuire outre mesure, si ce n'est à cause du temps perdu à démarcher.

Vous êtes maintenant chez AVANTGARDE MUSIC, le label mère de WOUNDED LOVE RECORDS où officient les excellents DARK SANCTUARY dont le leader Arkdae s'occupait des claviers sur votre premier cd? Peut-on faire un lien entre l'expérience de DARK SANCTUARY chez AVANTGARDE et votre récente signature? D'ailleurs pourquoi avoir quitter OSMOSE?

Notre contrat a pris fin sans qu'OSMOSE n'ait jugé bon de nous organiser de tournées dont nous étions demandeur. A cela s'ajoute le sentiment, entretenu par le label, que nous ne correspondions pas à la nouvelle orientation d'OSMOSE. S'agissant d'un éventuel lien entre AVANTGARDE et DARK SANCTUARY, il n'y en a aucun. Il s'avère simplement que, de longue date, SETH entretient une relation privilégiée avec le public italien qui a fini par intéresser ce label.

Vos premiers enregistrements ont été réédités récemment à tirage limité sous le nom deNastivity: on peut donc y redécouvrir votre excellent premier mini-cd culteBy fire, power shall bede 1997 mais surtout y découvrir la démoApocalyptic desiresde 1996. Cette démo est bien dans l'esprit des débuts publiques de SETH quoique beaucoup plus brut.Power shall bereprésente finalement la période la plus mélodique de SETH. SETH est donc à nouveau un groupe brutal?

Je pourrais te retourner la question. Quant à “à nouveau”, encore s'agit il de savoir si nous avons été brutaux auparavant.Apocalyptic desiren'est pas, à proprement parler un sommet de pure brutalité et si tu t'y penche un peu plus ça n'est qu'une approche plus primitive de ce que sera le groupe par la suite, à savoir un mélange de mélodie et d'énergie, la brutalité n'étant qu'au second plan. Je pense que l'intensité est la caractéristique d'Era decay, bien plus que la brutalité qui ressort, par exemple, beaucoup plus deL'excellence. Cet aspect est, selon moi, ce qui nous a guidé tout au long de notre évolution que nous ayons fait le choix d'une approche grandiloquente ou plus épurée.

Vous avez été un des premiers groupes français à percer sur le plan international et surtout à être crédité par des groupes cultes comme DARKTHRONE avec qui vous étiez en contact. Comment caractériserais-tu cette époque? Et à l'opposé comment perçois-tu la scène black metal actuelle voir la scène metal extrême en général?

Aujourd'hui le niveau technique des groupes a considérablement augmenté mais, au niveau créatif, je dois dire que peu de groupes sortent du lot. Tout se ressemble un peu trop à mon goût ce qui est dommage.

Que penses-tu d'une part de l'émergence d'une scène autonome autoproclamée aujourd'hui "black ns", SETH ayant été à l'époque victime d'une certaine “chasse aux sorcières”? Et que penses-tu actuellement d'une scène réactionnaire dite "true black" et qui paradoxalement est à la mode, tout comme la sempiternelle guéguerre entre "true black" et black plus mélodique, avec synthé ou non-traditionnel? A-t-elle un sens lorsqu'on voit un groupe comme MARDUK avec un succès considérable?

Je ne crois pas que le succès soit ce qui intéresse les groupes de true black ! S'agissant des querelles de chapelles, elles ont toujours existé et son caractéristiques de la scène black et particulièrement française. Pour ma part, je me fous royalement de ces distinctions et compte des amis aussi bien dans la scène “true black” que dans d'autres et ne m'intéresse qu'à ceux qui ont assez de discernement pour ne pas prêter foi à ces querelles d'adolescent attardé.(NDLR: tout à fait d'accord)

Alsvid fait d'ailleurs encore parti de la scène true, avec ENTHRONED et son nouvel album ravageur... Quel groupe a sa préférence ? (rires) ou pratique-t-il la double allégeance ?

Je ne suis pas très ravi d'entendre qu'ENTHRONED joue du true black. Cette qualification recouvre tout un tas de groupe avec lesquelles Enthroned n'a pas grand-chose à voir si ce n'est des convictions qui dans bien des groupes ne sont que folklore. Si en revanche, tu entend par “true” intègre et engagé, je te suis pour qualifier ENTHRONED de cette manière. Ce qui me guide dans le choix de mes groupes c'est avant tout l'affinité artistique et, pour que je m'engage tel que je l'ai fait avec ENTHRONED, tout est question de rapports humains et cela n'a rien à voir avec le qualificatif attribué à la musique.

Qu'écoutes-tu actuellement en metal mais également en dehors du metal (quelques noms)?

Je suis assez fan de THUNDERBOLT et j'apprécie au moins tout autant ORIGIN. Cependant, je dois dire que j'ai tendance à écouter des “oldies” comme de vieux SLAYER ou de moins vieux albums comme les premiers SADUS ou l'album de CYNIC.

Quelque chose à rajouter??

Que les gens évoluent et qu'ils cessent de s'enfermer dans leur “catégories”.

Merci pour cette interview.

Adnauseam & Autocrator