La Horde Noire Webzine metal extrême depuis 2002

Evohe : Annwvyn

EVOHE - Annwvyn

Unlight Productions, 2011

Black Metal païen, France

CD

Nous avions découvert puis quitté Evohe en 2005 et son Tellus Mater , première offrande certes modeste mais qui n'était pas sans charme, bien au contraire. Mais plus rien depuis. Le fait que son label, Adipocere, ait peu après décidé d'arrêter la production, pouvait expliquer ce silence radio mais pas seulement. On s'était donc résigné à une disparition de fait, regrettant que le groupe suive la même éphémère tragectoire que certains des anciens compagnons de label, tels que ABÎME ou ANIMUS HERILIS. C'est donc avec un vrai plaisir, oui, disons-le, que nous acceuillons aujourd'hui le retour de cette formation basée à Chambery sous la bannière Drakkar Productions.

En six ans, Evohe a même bien changé, son Black Metal très scandinave à la base a mûri tel un bon vin dans un fût de chêne. Certes, le groupe, qui a enrichi son line-up du batteur de CAÏNAN DAWN et ex NEHËMAH, a eu le temps de façonner son art, de peaufiner ses nouvelles compositions dont on devine qu'elles sont déjà anciennes, reste que nous nous attendions pas à le retrouver à un tel niveau. A l'image de la durée générale des morceaux, lesquels n'hésitent plus à frôler les 10 minutes au garrot lorsqu'autrefois ces derniers se cantonnaient à un format plus traditionnel, Evohe s'est métamorphosé, s'est enrichi d'une profondeur insoupçonnée. Plus épique et maîtrisé, son Black Metal se pare d'atours plus tranchants et froids que jamais. Plus crépusculaires également sans pour autant affaiblir une brutalité toujours aussi organique. Ces années de disette lui ont finalement été profitables.

S'ils demeurent toujours fidèles au paganisme, les musiciens l'exaltent sans aucun artifice ni dimension festive et encore moins parodique, ce que certains groupes, pourtant talentueux (NYDVIND) n'arrivent pas tout à fait à éviter. Eux, si, privilégiant l'authenticité à l'authentoc et une vision adulte du Black Païen. Annwvyn est une plongée dans une époque obscure, faite de ténèbres et de sang dont des compos à l'âpreté granitique forment le parfait écrin. Leur durée ne les exonère jamais d'une vélocité bouillonnante de noirceur. \"The Cracks Of Time\" ou \"When The Winds Blow Over The Uging Skins\" sont rapides comme des torrents en crue, charriant une violence séculaire et des riffs grésillants sculptés dans la roche froide.

Mais c'est bien lorsque Evohe se lance dans l'érection d'un lourd tumulus qu'on le préfère, à l'image de ce \"Deluge Of Genesis\" qui, après une longue et superbe mise en bouche, grâce à laquelle on devine déjà cette maturité enfin acquise, installe tout d'abord un mid-tempo terreux avant de partir guerroyer à un rythme soutenu. A cette ouverture implaccable répond la forteresse finale qu'est \"The Paths Of The Awakening\", qui s'ouvre sur de vastes étendues durant près de 13 minutes. Leur conclusion, forgée par des guitares douloureuses, sécrète un inexorable désespoir.

D'un seul coup, grâce à ce Annwvyn tendu comme le foc d'un navire, Evohe se retrouve propulsé dans la cour des grands. Le Black Metal hexagonal, mais pas uniquement, devra désormais compter sur lui !

Childéric Thor - 8/10