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LAIBACH : Volk

LAIBACH - Volk

Mute Records, 2006

Military Pop Neo-classique, Slovénie

Album CD

LAIBACH est fort bien connu dans la scène industrielle pour ses nombreuses reprises de groupes populaires de la scène commerciale en version plus milatary pop. En effet, les slovènes ont repris les plus grands groupes de la scène pop comme l'album Let It Be des THE BEATLES, suivi par Sympathy for the Devil des ROLLING STONES, le titre « One Vision » de QUEEN transformé en « Geburt einer Nation », le « Life is Life » de OPUS renommé pour l'occasion « Opus Dei » et « Leben heißt Leben » ou encore le « Final Countdown » de EUROPE, le « God is God » de JUNO REACTOR, « Dogs of War » de PINK FLOYD ou encore le « 2525 » de ZAGER & EVANS. Bien que la plupart de ces reprises soient présentes sur Anthems de 2004, il leur fallait aller plus loin pour le prochain album. Avec ce dernier opus Volk, LAIBACH est passé à la vitesse supérieure en s'attaquant aux hymnes nationaux des plus grands pays. Plus que des simples reprises, ils vont jusqu'à retranscrire complètement ces hymnes, en rajoutant parfois un soupçon de naïveté, un zest de culture populaire et le tout saupoudré de beaucoup d'ironie. Ainsi sont mélangés les hymnes allemand, américain, anglais, russe, français, italiens, espagnol, israélien, turque, chinois, japonais, slovène et même celui du Vatican! Bien qu'un tel projet aurait pu être conduit simplement par LAIBACH, ils se sont associés avec leurs compatriotes du groupe SILENCE pour cet album, qui à mon sens est plus un projet qu'un changement radical de style. En effet ici, plus rien à voir avec la première période industrielle ou même un rapport avec leurs dernières productions plus EBM. Cet album est beaucoup plus calme, les compositions sont plus orchestrales avec ajout de chœurs, piano, guitare acoustique et violoncelle sur certains morceaux, et l'anglais semble revenir au gout du jour pour les textes notamment. « America » fait référence à l'impérialisme et à la bannière étoilée; « Anglia » dénonce la grandeur et les échecs du Commonwealth; « Yisrà'el » mélange la musique de l'hymne israélien avec le thème de l'état palestinien ou encore sur le titre « Francia » qui rappel les récentes émeutes urbaines. Malgré tout, certains titres tirent un peu trop vers la variété même si l'ensemble reste très cohérent, et sans aller jusqu'à une caricature au vitriol, Volk est donc bien plus qu'un regard critique sur la culture populaire. Aucune nation n'échappe ici à la critique acide, sauf celui du cher NSK (Neue Slowenische Kunst, « état virtuel sans territoire physique qui n'existe pas dans l'espace réel à trois dimensions, son territoire n'a lieu uniquement que sur l'axe temporel » crée de toutes pièces par LAIBACH). Ce titre est déjà bien connu, puisqu'il s'agit d'une version raccourcie de « The Great Seal » présente sur Opus Dei de 1987. La présence de cet hymne du NSK n'est pas hasardeuse, et je ne suis pas étonné que LAIBACH termine cet album sur celui-ci, proposant ainsi leur alternative. Un mot au sujet de l'édition qui est présentée sous forme de livre, dont toutes les illustrations sont des aquarelles sur papier qui représentent une thématique proies/prédateurs qui de prime abord parait assez juvénile, n'en est pas moins pleine de sens. Elles représentent des brebis égarées et des loups voraces ou encore des rapaces prêts à fondre sur leurs proies. D'ailleurs si la plupart traduiront cet album par « Peuple », il aura un tout autre sens en slovène, qui saura rappeler pour beaucoup la chaine alimentaire... Laibach propose avec ce Volk un travail de (dé)construction et de recomposition d'hymnes nationaux forts intéressant, très critique, comme pour mieux redorer le blason du patriotisme, l'Union des Moutons de Panurge ne pourra que s'en féliciter. LAIBACH aura donc gagné son Eurovision, sans grotesque ni paillettes, garant ainsi de son intégrité et de son authenticité.

Cyril - 8/10