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Peste Noire : Ballade cuntre lo anemi francor

PESTE NOIRE - Ballade cuntre lo anemi francor

De Profundis, 2009

Hooligan Black metal, France

CD

Le Kommando Peste Noire première époque est mort et enterré. Vive le KPN nouveau ! Les absolutistes du groupe seront peut-être désappointés en écoutant ce nouvel opus. Folk, Fuck, Folie avait déjà amorcé un tournant avec un son moins crade, une voix moins illuminée, une mélodie et une harmonie plus nuancée dans son concept, puisque FFF était centrée sur la folie excrémentielle, la démence, la maladie et le sexe ordurier. Bref une approche bien sadienne. Fini les intonations déchirées, les ambiances ténébreuses et autres sulfureuses catacombes au fond desquelles nous barbotions dans la lie de l'humanité.
Alors quoi, KPN va-t-il sombrer ! Rien n'est moins sûr. Notre Famine nationale écrit une autre page de l'histoire de Peste Noire. Nouvelle ère, nouveaux membres : Ragondin (guitare basse), Sainte Audrey-Yolande de la Molteverge (chant rock et soprano, piano, orgaumon, composition), Andy Julia (batterie) et évidemment la Sale Famine de Valfunde (composition, guitares, hurlements et chant clair, harmonica).
La dominance verte de la jaquette succède au rouge vif de FFF et au blanc de la sanie des siècles : à chaque album une couleur écrasante (peut-être une symbolique ?). Tous les titres sont en français, le troisième morceau est signé François Villon, quant au dernier texte il est tiré d'un poème de Verlaine, la jacquette quant à elle est une représentation moyenâgeuse. L'intérieur du disque est complété par plusieurs références explicites adéquates à la trame de l'album : la grenade de la Légion étrangère avec pentagramme et képi blanc où figurent les lettres KPN, un barbare goth ou franc brandissant une kalachnikov et un troubadour signé LSFV.
Les trois gravures résument à elles seules le grand sujet du moment : la défense héroïque d'une France d'antan combattive mais assiégée, comptée par un ménestrel. La France éternelle, de Clovis, de la Légion, du royaume et de l'empire de France qui ont fait son histoire. Famine loue la gloire de nos morts tombés au champ d'honneur, le sang versé, la terre de nos ancêtres. L'oeuvre est très nationaliste, très identitaire, un mélange des genres entre chant de l'Action Française, vieux rock, des sessions pianos et sopranos, des discours de personnes (politiques ?). Bref un album inclassable et déroutant. Sous certains aspects il me rappelle des traits caractéristiques de Laibach première époque en moins martial, dans les variations déjantées et les rajouts de timbres expérimentaux.

Musicalement, on retrouve la patte de KPN, quelques hurlements froids, secs, références aux démos, des solos et parties guitares bien réalisés,carrés, bien amenés au cours desquels Famine démontre tout son talent. L'ensemble est joué sur un tempo plutôt lent, laissant la place à une guitare encore une fois mis au premier plan et omniprésente, avec un son bien différent de vieux rock. De multiples titres nous remémorent un vieux hard-rock caverneux et LA différence majeure, prédominante, qui le distingue des précédents opus, est la force de la tournure folk. L'évolution projette en avant les mélodies au détriment d'une virulence et de détonations purulentes d'enregistrements souterrains, et explore une nouvelle voie.
Il serait dommage d'occulter ce que Famine nous offre, car en dépit de cette nouvelle orientation et une fois passée l'effet de surprise, le brio est encore présent. La messnie mordrissoire et Soleils couchants (Verlaine) regorgent de mélancolie,de nostalgie, de bile noire que j'affectionne, que je quémande et réclame dans le black. La superbe de Famine auréole l'ensemble et laisse éclater toute sa prédisposition musicale, il revisite le genre folk en incluant la touche PN, c'est-à-dire ce qui flattait notre amertume et la démesure de notre artiste dans ses oeuvres érudites.
Cependant il est toujours complexe de reproduire un art de cet acabit lorsqu'on s'est fait connaître dès la genèse par des merveilles. On attend toujours plus d'un membre aussi éminent du Black UG, sinon aussi bien. Les détracteurs de famine et de PN crieront à nouveau au scandale et le couvriront d'opprobres. Ne serait-ce tout simplement pas de la pure jalousie qui déborde de leur connerie ? Ballade contre lo anemi francor constitue un acte courageux et pertinent puisque il prend le risque de changer, non pas de style car le fond PN est toujours là, mais de registre avec l'apparence très développée du folk.
Je voudrais finir cette chronique en proclamant à tous ceux qui vont s'arrêter à l'ardeur nationaliste, ou aux commentaires nauséabonds, ou bien encore à la tendance folk, qu'ils passent à côté d'une oeuvre audacieuse

Mönnos - CH